vendredi 3 juillet 2009
Célébrité
Cette nuit j'écrivais le billet sur Caroline, et ce matin, éveillée de bonne heure, j'ouvre "L'éléphant est irréfutable" de Vialatte, que l'on m'a prêté hier, recueil de chroniques dans "La Montagne". Je tombe sur ce texte, dont je vous copie un extrait :
Il y a quelque chose de choquant à voir les conditions de la célébrité. On ne saurait être célèbre à moins de sauver son pays ou de découvrir de quelle façon trournent les étoiles ; ou alors il faut tuer une famille britannique qui vient camper dans les asperges .../...C'est ainsi que l'opinion s'est formée petit à petit que la célébrité devait aller au banal et se mettre équitablement à la portée de toutes les bourses. Au lieu d'aller au grand monsieur ou à l'immense dégoûtant, au grand cerveau ou au grand estomac, elle doit aller au monsieur moyen, au dyspeptique, au moyen dégoûtant. Ou même au même pas dégoûtant. Au Monsieur et à la Dame qui font ce que fait tout le monde. Si bien que chacun se sent glorifié à travers eux. Manger des nouilles, se raser sans blaireau deviennent ainsi des gestes historiques, des plaisirs vaniteux qui n'en coutent pas plus cher.Sarah Bernhardt faisait des jaloux. Sarah Bernhardt était décourageante. Comment imiter ses exploits ? Il y avait le physique, le don, le travail, que sais-je ? la crise de nerf et l'adultère mondain ; du diamant ; d'illustres malheurs. Au lieu que l'actrice, l'acteur, l'artiste que pourrait être n'importe qui, flatte l'homme au plus profond de lui-même.
.../...
Si bien que les gens intelligents ont compris que la célébrité devait aller, pour rapporter, au sujet qui sait réunir le plus de moyens de n'être pas célèbre, et que les cerveaux de premier choix ont vu tout de suite que le fin du fin était de la faire aller tout de suite à ce qui ne mérite que la fessée.
.../...
Le progrès facilite toute chose. La civilisation fait rage.
Alexandre Vialatte est mort en 1971.
Caro ? T'as une capote ?***
"Caroline cherche un truc"
J'aime bien la publicité en général, elle me raconte des histoires. Cette campagne nationale de la sécurité routière m'amuse. On y voit tout un chacun, vous, moi, eux, dans son quotidien le plus banal, accomplissant les actes les plus insignifiants. Caroline, Rémi, Jean-Pierre, Amel, Sylvain, Elodie, Patrice, Stéphane, Eric, sont des rescapés de la route : ils n'ont pas été tués dans un accident cette année, grâce à notre attitude responsable. Cette fois ils ne sont pas traités de VIP, comme dans une campagne que j'évoquais il y a quelques temps, et on ne leur propose pas, comme l'a fait il y a plusieurs mois un célèbre marchand de boeuf haché surgelé dans des petits pains mous et sucrés, de venir comme ils sont. ("Venez comme vous êtes" disaient les affiches, montrant le même personnage dans des accoutrements très divers, qui, sous prétexte de le rendre original, l'effaçaient).
Ils sont là, ils ne savent pas qu'ils sont rescapés, et si vous ne savez pas que vous avez évité de les tuer, on vous le dit. En psychologie comportementale, cela s'appelle du "renforcement positif". C'est donc grâce à vous qu'Amel continue à faire des bulles. Et en "philosophie du bonheur ambiant" c'est "s"émerveiller chaque jour du simple fait d'être en vie". C'est beau, on en a un petit pincement au coeur, vous savez, par là...Ne rêvons pas, cela ne va pas forcéemnt aider à régler le problème des retraites. Là-dessus j'ai ma petite idée...
Et tout est au mieux dans le meilleur des mondes.
***Si comme moi vous avez passé de nombreuses soirées à écouter ma radio favoritre, vous aurez entendu, à une époque le générique d'émission en forme de montage où l'on entendait cette question, chaque soir (ou le dimanche ? je ne me souviens plus ...)
samedi 27 juin 2009
mardi 23 juin 2009
lundi 22 juin 2009
lundi, fourre-tout
Les téléphones cellulaires et la possibilité d'envoyer des messages écrits sont-ils utiles aux sourds-muets ?
Un grand nombre de tunnels sur la voie ferrée Toulouse-Limoges gêne la lecture et la contemplation du paysage.
L'abréviation de rendez-vous est R.-V. et non RV comme je l'avais toujours cru.
mardi 16 juin 2009
mercredi 10 juin 2009
Mon facteur s'appelle Denis
Ceux de ma génération se souviennent peut-être d'avoir souri lorsque leurs camarades passaient un concours du Petit Travail Tranquille. Les postes télégraphes et télécommunications sont devenus les P et T, puis La Poste, pendant que disparaissait le facteur, devenu préposé, distributeur de courrier, pendant que les instituteurs devenaient professeurs des écoles, et pour faire bonne mesure, enseignants. "Employé de la poste chargé de distribuer le courrier à domicile" dit Larousse, précisant que la définition date de 1704, mais que le terme administratif est préposé.
Hier, sur une place columérine ensoléillée, je croise le facteur, avec qui je fais un brin de causette. Je suis contente d'apprendre qu'à La Poste on réfléchit, on comptabilise, on optimise. Quel est le nombre d'objets déposés par le facteur préposé pendant sa tournée à Colomiers ? Mille huit cents. Ce nombre passera à un peu plus de deux mille, car les distributeurs vont être désormais dotés de vélomoteurs qui leur permettront d'aller plus vite, et d'allonger leur tournée. Ils ont aussi pour consigne de ne pas entrer dans les magasins, ni chez les gens, et de ne parler à quiconque, c'est une perte de temps inutile, et dangereuse, on ne sait jamais ce qui peut en découler. Remplacer les bicyclettes par des mobylettes permet d'économiser six emplois, le nombre de préposés passera de trente et un à vingt-cinq. Les futurs actionnaires de La Poste seront-ils satisfaits ?
dimanche 7 juin 2009
trivial ...
"Quel est l'aliment qui a été pasteurisé le premier ? Le lait ? L'eau ou le vin ?" (question du trivial pursuit)
"Le vin !" Répond Eclat du Soleil sans hésiter.
Son frère et moi sommes interrogateurs , ah bon ? comment en es-tu si sure ?
"Eh bien oui, La Cène, le pain, le vin, dans la religion, avec le pasteur ..."
Le vin, bien sûr était la bonne réponse, alors que vous comme moi auriez peut-être répondu le lait, par habitude. Mieux que pasteurisé d'ailleurs, le lait se trouve maintenant en mode microfiltré.
samedi 6 juin 2009
Paul ou Pierre ?
"Very Important Pablo, Very Important Pierrette" disent les affiches bleutées ...VIP, avant la chanson de qui vous savez, je n'avais aucune idée de ce que c'était. Maintenant, c'est pour moi une notion vague évoquant des places réservées au festival de Cannes, des photos dans "G*la". C****f**r, dans son accès de philanthropie, nous dit que Pierrette et Pauline sont des VIP ; que penser des Lucette, Jacques, ou Alfred, qui n'ont pas la chance d'être nés une année en P ?
Or, Pascal et Paola, si l'on en juge par les images, sont des gens comme moi, des Français moyens, des mères-de-famille-de-province, des Gens Ordinaires (est-ce qu'on n'entend pas cette expression aberrante : des Vrais Gens ? d'ailleurs le petit film publicitaire associé, rigolo, dit "dans la vraie vie"). Peut-être Pauline et Patricia s'esbaudissent-elles devant les photos des bals des débutantes et autres sauteries, vues dans les magazines, chez le dentiste, comme je le fais, moi qui ai toujours rêvé de porter les belles robes de Peau d'âne . Dans la série des "parce que vous le valez bien", on leur dit qu'ils sont importants pour quelqu'un, nous avons tous besoin de nous sentir "important" pour quelqu'un, sinon aimé de quelqu'un, non ? et ils seraient même ce que chacun rêve d'être au moins une fois, dans lesecret de la salle d'attente du Docteur X..., des VIP.
C*rr****r est là pour ça et "c'est parce que Paul est important pour C******** que C******* a créé C********Discount" : les pâtes encore moins chères. Le VIP, c'est le Very Important Poor.
Je laisse à chacun le soin de juger de quel type d'importance il s'agit, quel peut être le coût et le bénéfice de cette campagne, et autres gloses associées. Je joue les mauvaises coucheuses, je joue aussi mon rôle de cliente, comme m'a conseillé m'a fille un jour, et d'ailleurs, je me sens concernée : mon deuxième prénom est Paule...
jeudi 4 juin 2009
à la ville comme à la campagne
Je suis agacée par la niaiserie des saynètes jouées chaque soir à la radio, à l'occasion de la campagne pour les élections européennes : on dirait une fête de patronnage... ou pire ...
mercredi 3 juin 2009
far niente
Je commence beaucoup de billets qui restent à l'état de brouillons ...
jeudi 28 mai 2009
en Rouge et Noir
Depuis longtemps, je consulte mes relevés de comptes sur le site internet de ma banque. Une banque,lorsqu'on est enfant, paraît un établissement sérieux, où règnent des gens honnêtes réfléchis et de bon conseil. C'est mon imagerie d'Épinal personnelle, où se retrouvent, en piteux état, nombre de personnages et de situations formant un monde parallèle.
Depuis peu, à côté du signe distinctif de la banque, on peut lire, sur la page d'accueil du site :
On est là pour vous aider
Là, mon château de cartes d'images d'Epinal s'écroule ! La banque parle comme le premier venu ? Elle affirme qu'elle est là pour nous aider, vraiment ? Mais qui est ce ON ? On ne se mouille pas ! Autrefois "on" aurait écrit peut-être "Nous sommes là pour nous aider", cela n'aurait guère été plus sincère, mais au moins nous aurions eu l'illusion.
Plus d'illusion : ON est là pour nous aider, ON n'est responsable de rien, ON s'en lave les mains.
mardi 19 mai 2009
La ponctualité est une voleuse de temps
Oscar Wilde
mercredi 13 mai 2009
fétichisme
...de la mise en plis : c'est l'une des dernières requêtes. Je suis sûre que ce blog comporte autant de billets d'humeur (fâcheuse) sur les cheveux que de séances passées par moi chez le coiffeur.
je suis dans mes dernières copies, quand j'aurai un moment, je vous parlerai des nouveaux programmes de math pour les bac pro., c'est assez tiré par les cheveux et pour le moins transversal, interdisciplinaire, dans l'air du temps, et il semble que l'on ait décidé de laisser tomber les SIP ! Les modes changent d'un inspecteur à l'autre, d'un gouvernement au suivant.Tant mieux après tout, sinon c'est la sclérose, la cirrhose, que sais-je ...
mardi 12 mai 2009
de rien
Encore huit femmes naturistes aléatoires, et un savon noir sainte famille. Il n'y a quasiment plus que des égarés sur ce blog !
lundi 11 mai 2009
Le mérou
il était là dans sa grotte, immobile, semblant nous fixer et agitant avec nonchalance ses nageoires latérales qui ressemblaient à de grandes oreilles. Nous étions passés dans un étroit tunnel pour le voir, et, flottant entre deux eaux, nous l'observions, religieusement, comme un reliquaire dans une crypte.
J'ai souri intérieurement (si l'on sourit avec les lèvres, l'eau entre dans le masque) en réalisant tout ce que la plongée sous-marine pouvait avoir de tribal et mystique.
On s'entasse sur des embarcations en ayant revêtu un habit rituel, noir le plus souvent, comportant une cagoule, voire une guimpe. Un lourd fardeau sur les épaules et tout un matériel "liturgique*" obligatoire, sans lequel pas de vie possible plus de quelques minutes dans les profondeurs. On descend vers les ténèbres, par palanquées. Avant la descente, le "guide' donne les indications nécessaires. La première plongée, initiatique, est appelée baptême. Au retour on échange des paroles liées presque uniquement à cette expérience commune de contemplation, et, parfois, on partage le pain et le vin, ou le thé chaud, sur le bateau.
Les petits rectangles blancs au loin sont les caravanes du terrain de camping dont je vous ai jadis raconté une anecdote...
* palmes masque détendeur stab' bouteille à 200 bars
mardi 5 mai 2009
1500
Dimanche matin, à l'heure où la ville est encore noirâtre et auréolée de lumières électriques, j'ai accompagné Eclat du Soleil à l'aéroport de tOulouse-Blagnac, d'où elle s'envolait pour Bonn et seize jours (pas dix-huit).
J'aime les gares, les aéroports et les aires d'autoroutes. Il ne s'y passe quasiment rien, et c'est la scène d'un théâtre minuscule. J'aime y voir les cadres en costumes, les moines bouddhistes en safran et pourpre, les religieuses en robe blanche et voile noir, et toute cette humanité suante et trébuchante, suspendue entre deux destinations, d'une vie à une autre.
L'autre matin donc, une fois l'oiseau parti vers la porte d'embarquement, je cherchais un lieu où déguster un café-crème dans le hall de départ, en me livrant à mon passe-temps favori et matutinal. Une enseigne bien connue répondant au doux prénom de P**l vend des viennoiseries et des boissons servies exclusivement dans des gobelets en carton. Je vais un peu plus loin, vers un bar où j'ai souvent attendu attablée devant un café. En lieu et place du mobilier habituel se trouvent des tables et chaises en plastique vert et rose à fleurs façon années soixante-dix d'une laideur trop courante, et les boissons sont servies aussi exclusivement dans du carton.
Nous vivons une époque moderne. Il faut que la clientèle ne s'attarde pas, que le lavage de la vaisselle ne requière pas de main d'oeuvre superfétatoire et que nul objet cassant ou contondant ne vienne présenter un risque pour la sécurité.
Tout y est au mieux dans le meilleur des mondes, et c'est le mille cinq centième billet de ce blog.
vendredi 1 mai 2009
En avoir ou pas
Betty m'avait taguée à propos de ma conception du bonheur. (Oui m'dam, je mets un peu de temps à faire les devoirs maison ...)
Je me souviens donc de Coach ...Hmm je n'ai pas oublié Coach Wilburn qui nous donnait chaque matin les cours d'"American Government" après que nous ayons récité, la main sur le cœur, face au drapeau, le "pledge of allegiance", mais je ne me rappelle pas le nom de ce coach-là, qui nous enseignait les humanités. Je revois sa moustache. Nous appelions ces professeurs "Coach" parce qu'ils avaient la haute et honorifique fonction d'entraîner l'équipe de football américain de l'école.
Coach nous fit faire pendant le semestre où je suivis ses cours, des exposés sur des philosophes. Je ne me remémore pas grand chose d'autre, vous m'en excuserez, c'était il y a quelques trente-quatre ans (imaginez : j'ai rencontré des vétérans de l'armée qui parlaient la larme à l'œil de leur passage en France pendant la guerre ... à peine trente ans plus tôt, ce qui alors me paraissait un siècle). Très précis à mon esprit est cet instant où il nous demanda "Quel est notre but dans la vie ?". Silence. j'essayais, avec le peu d'Anglais que je maîtrisais, de chercher une réponse qui me fut acceptable, lorsqu'il finit par dire : "Our goal in life is to be happy ! ".
Stupéfaite, il me semblait n'avoir jamais imaginé un instant que le but de la vie soit le bonheur.
Je pourrais paraphraser la "Rossetterie" que JdL a laissée en commentaire, en écrivant :
"Vis, et le bonheur te sera donné de surcroît".
dimanche 26 avril 2009
catégories
Il y a une catégorie dont je suis certaine de faire partie, c'est "Ménagère-de-plus-de-cinquante-ans", encore que le ménage ne soit guère ma tasse de Lapsang Souchong. Aujourd'hui, en lisant le Journal Du Dimanche du dimanche matin (maintenant le JDD parait aussi le samedi, je ne l'achète jamais le samedi), je parcours la chronique mensuelle de Philippe Sollers, et j'y apprends que j'appartiens à la catégorie des "Mères-de-famille-de-province", "-enseignante-de-gauche" de surcroît. (Je n'ai rien écrit à propos de Baudelaire, ce n'est pas moi qui suis citée).
"Une communauté s'abrutit infiniment plus par un usage régulier de la répression que par une criminalité occasionnelle" Oscar Wilde







