L'amour d'un poisson rouge
"Je suis jeune riche et cultivé ; et je suis névrosé, malheureux et seul. .../...la chose la plus intelligente que j'aie jamais faite, c'est d'attraper le cancer.
.../...
Donc, comme je ne me plaignais pas des misères de mon âme, c'était pour moi comme si elles n'eussent pas existé. Parler de mon tourment d'ordre sexuel surtout, je ne l'osais pas, j'aurais dû me faire pour cela, une trop grande violence. En revanche, dans mon désespoir, de temps à autre je prenais volontiers l'attitude des frustrés qui se refusent à l'idée que tout ne serait "que sexe" dans la vie, c'est pourquoi je défendais la thèse que bien sur la sexualité était "très importante", mais qu'il y avait bien d'autres belles choses à part cela, et autres sottises de ce genre. Sans doute il est exact que d'autres belles choses existent mais il est tout aussi indiscutable que lorsque ça ne va pas sur le plan sexuel, tout le reste ne peut pas marcher non plus, y compris les belles choses, ci-dessus mentionnées. Mais admettre cela reviendrait à avouer tout bonnement que chez moi rien ne marchait, or c'étaient la concordance et la cohérence parfaite que je voulais à tout prix.
Relativement à cette période, il y a encore une chose dont je voudrais parler : naturellement aussi, j'étais contre les psychiatres."
Fritz Zorn, "Mars", traduit de l'allemand par Gilberte Lambrichs. (Gallimard)
La lumière s'éteint puis se rallume. L'homme en costume sombre s'adresse d'abord aux spectateurs depuis le premier rang. "Je suis jeune riche, cultivé ..."
Interprétation sobre et sensible. Stefan Delon fait vivre et rententir le texte, avec la note d'humour sans quoi ce serait totalement insupportable. (J'ai juste un peu déploré qu'il trébuche souvent sur les mots, était-ce ainsi lors des autres représentations ? ). Dans la première partie il revient sur l'enfance, lisant parfois le texte sur un lutrin. La deuxième partie est seulement jouée, sans le support du papier. Un poisson rouge remue dans son bocal, système optique déformant, au dessus duquel l'homme pose un moment son visage.
Etat de guerre totale.
PS : ma fille a beaucoup ri à la métaphore du Bernard l'Hermite l'ermite, je me disais aussi ...
Bamboccio (pub!)
Je suis aussi inconditionnelle de Marc Fauroux, du cabaret de Noël au théâtre de l'éprouvette, et de la compagnie du paradis.
Allez-y de ma part, vous serez bien reçu, dans ce minuscule théâtre chaleureux.
Je me contente de copier coller la pub reçue dans ma boîte mail.
Bamboches!
(bamboche n.m Grosse facétie; faire bamboche: mener une conduite légère. De
l'Italien bamboccio, marionnette de grande taille).
Théâtre musical
et satirique les 27-28-29-30-31 décembre à 20h45, Colomiers THEATRE
EPROUVETTE.
En fin d'année les
comédiens de la Cie Paradis-Eprouvette se lâchent! Véritable festin de mots aux
Etymologies foireuses servi chaud par nos tchatcheurs déjantés, revue de presse
maison, chroniques sur l'actualité de l'année 2008, horoscope 2009 et chansons
!
Par les comédiens
Christophe Anglade, Iris Lancery, Marc Fauroux, Denis Diaz ; accompagnés au
piano par Philippe Yvron.
Possibilité
d'associer Bamboche et Ripaille !
�La Cie Paradis-Éprouvette offre
habituellement des spectacles de littérature à voix haute, anime des cafés
littéraires, crée des événements autour du livre et de la lecture. Leurs
excentriques "machines à lire" vont à la rencontre de futurs lecteurs, jeunes ou
moins jeunes, sur tous types de terrains, médiathèques, théâtres, mais aussi
marchés de plein vent ou bistrots ! L'éprouvette, lieu de création artistique,
s'ouvre chaque mois à l'occasion de soirées thématiques, pour le bonheur de
spectateurs, témoins attentifs des auteurs et artistes
émergents.
Entrée unique du
27 au 31 déc. inclus : 12 € avec le repas : 20€
Réservations : 05 34 36 90 36
- contact@paradis-eprouvette.com
L'Eprouvette : 23 allée du Mâconnais , Colomiers - quartier stade Bendichou -
accès fléché.
http://www.paradis-eprouvette.com/images/actualites/recto_cabareteprouvette.png
Hiver
Samedi je suis allée voir "Hiver" et "Violet" de Jon Fosse.
Ma motivation était d'ordre SM1 : faire plaisir à mon fils en visite en l'emmenant au théâtre, SM1p : je suis une inconditionnelle des mises en scène d'Azema, et SM2 : je suis contente de découvrir de nouvelles pièces et de nouveaux auteurs.
J'aime bien attendre le spectacle dans un silence religieux, propice à la concentration, mais c'est quasiment impossible, les spectateurs ont toujours besoin de raconter leurs dernières aventures au bureau avant la représentation. Les dames derrière moi bavardaient à qui mieux mieux.
Au cours de la pièce (Hiver) l'actrice dit doucement, se parlant à elle-même : "Sucer une bite, sucer une bite, sucer une bite, sucer une bite, petite salope, espèce de pute, sucer une bite et faire dodo, sucer une bite et faire dodo". La dame derrière, dure de la feuille, demande à sa voisine "Qu'est-ce qu'elle dit ?" Laquelle, aussi prude que moi -qui peux l'écrire mais qui ai plus de mal à le dire- observe un silence pudique.
L'essentiel du texte se compose de "oui", (c'est contemporain). J'ai un peu pensé à Koltès à cause de l'ambiance et de la façon parfois dont le texte est dit "avec une envie pressante de faire pipi". Un acteur une actrice, un texte en miroir, partagé en deux : presque la même scène, mais les personnages ont inversé leurs rôles, le miroir se brise à la fin d'une certaine façon. On est dans le non dit et le non fait, on voit le reflet des paroles ou des actes plus que les paroles et les actes eux-mêmes. J'ai bien aimé. L'actrice avait une belle présence et Francis Azema était excellent dans son absence. Et de répéter au cas où vous ne l'auriez déjà lu, que je lui voue une grande admiration depuis qu'il m'a fait pleurer à chaudes larmes il y a plus de dix ans avec son interprétation de Cyrano.
La deuxième pièce "Violet" était selon Kam un remake d'Hélène et les garçons, oui, peut-être, mais sympatoches les petits acteurs.
Le théâtre du Pavé il faut y aller, c'est rue Maran, on peut se garer dans la cour si l'on n'arrive pas trop tard, le foyer est très agréable, on y sert de la Biérataise à la violette. Il y a aussi chaque soir 10 places "partage" à cinq fois moins cher que le prix normal, il suffit de demander, c'est en son âme et conscience bien sûr.
En citant le texte de cette pièce je devrais sensiblement augmenter la fréquentation de ce blog, mais pas sa lecture !
Bourgeois
Il était décapant ce bourgeois -là.
Carette a dû être privé de jouer avec le feu ou de patauger dans les flaques d'eau pendant son enfance.
Un très beau décor, car je l'avoue, les reflets de la flamme des bougies et des projecteurs dans l'eau, j'y suis sensible, de même qu'au son particulier produit par les kneps (méduses) et autres bottes en caoutchouc portés par les acteurs.
L'accompagnement pianistique de certains instants rêveurs m'a ravie.
J'aurais davantage apprécié le spectacle si je n'avais été accompagnée de ma fille qui sait être aussi insupportable qu'adorable et n'a cessé de me demander des explications pendant les scènes.
La scène de la leçon de diction était admirable, comme les autres leçons d'ailleurs.
Le comte, qui évoque "orange mécanique", Willy Wonka de Charlie et la chocolaterie, et, selon mon fils, un brin d'Arsène Lupin, était délicieux.
Les femmes ici n'ont guère été mieux traitées qu'au pavé, et j'ai eu du mal avec le parti pris d'interprétation. Cette prononciation très accentuée des fins de mots n'a-t-elle pas quelque chose de très affecté et parisien ?


