Par le trou de l'écouteur
Cette chanson de Hubert Félix Thiéfaine (la vierge au Dodge 31) est sans doute incompréhensible pour les générations qui n'ont connu ni les PTT et autres P et T ni le 22 à Asnières.
La poste principale de ma Terre d'Envol a rouvert après quelques mois de restructuration.
Grande fut ma surprise en m'apercevant qu'elle avait été transformée en page internet dont le client serait la souris. Clic sur "envoyer retirer", clic sur "déposer", les opérations sont annoncées à l'infinitif avec des icônes, enfin je me rappelle juste l'enveloppe, et l'on doit naviguer d'un guichet à l'autre selon les opérations à réaliser. L'ensemble est blanc gris et jaune triste, semblable à tous les intérieurs de tous les bureaux passés par la case réforme.
Les affranchiseuses automatiques sont légion et leur corollaire inévitable : "Cet été ça va dégraisser !" annonçait une Dame de la Poste à une cliente étonnée "On nous remplace par des machines".
La poste de mon ancien quartier n'a pas été déstructurée pour le moment et je peux encore déposer un chèque et acheter un timbre auprès de la même personne.
Dégraisser, réformer, restructurer...dinosaure...mammmouth...bientôt la fin des boites alertes ?
Femmes
Aujourd'hui je me suis fait une tête de circonstance : un peu trop pressée hier, au moment de partir travailler, m'apercevant que je n'avais pas remis le siège superfétatoire, mais nécessaire pour ce trajet, dans la datcha, je suis allée le chercher dans l'abri de jardin, et en le transportant j'ai heurté le buffet où trônait un magnifique miroir ancien façon Louis XV. De la coquille caractéristique, il ne reste plus grand chose, le vénérable trumeau ayant chu sur le coin de mon crâne, m'occasionnant une grande frayeur (je deviens peureuse et douillette en vieillissant) une bosse sur le front et quelques égratignures dues au plâtre brisé, par chance le verre et son tain sont intacts.
C'est aujourd'hui la journée contre les violences faites aux femmes, ayant vu circuler sur twitter des interrogations sur une pétition "contre le viol", (on s'interrogeait sur la pertinence d'une pétition dans ce domaine, et quelqu'un répondait qu'elle ne serait pertinente que si le viol était considéré comme légal) je ne m'étendrai pas sur le sujet mais je citerai un extrait de l'ouvrage "Les violences contre les femmes" de Maryse Jaspard, qui fut chargée de la première enquête statistique sur ce sujet en France.
(J'aborde seulement le sujet du viol, comme suite à une réponse que j'avais faite, et non celui de la pétition qui reste entier : quelle est la raison d'être d'une telle pétition -je ne suis as allée la voir- hormis d'attitrer l'attention sur un phénomène ? La suite au prochain numéro ou ailleurs !)
Pendant des siècles la vie sexuelle des individus a été régulée par les préceptes de la religion chrétienne qui autorisait les rapports sexuels à seule fin de procréer. La sexualité devait être maritale et se limiter aux pratiques fécondantes.
.../...
Le coît était un devoir conjugal, les épouses étaient tenues de s'y prêter, qu'elles le souhaitent ou non.
La feme appartenait au mari, voire au chef de famille, et nétait pas considérée comme un sujet, le viol était un crime contre la lignée, la victime étant définie comme coupable du déshonneur de la famille. De même que la notion de consentement, le concept d'atteinte à la personne est contemporain de l'égalisation des droits des femmes et des hommes dans la vie privée et publique, réalisée seulment dans la deuxième moitié du XXe siècle. (page 63, les violencs contre les femmes, Maryse Jaspard, ed. La Découverte)
Le chapitre définit de violences sexuelles et les types de viol, ainsi que les harcèlements sexuels. Je vous laisse vous y référer si la question vous intéresse.
Les mentalités évoluent lentement, voire peu ou pas du tout et différemment selon les milieux : je ne suis pas certaine que l'héritage des siècles pasés ait totalement disparu dans ce domaine.
Extrait de "Mecque et Médina", de Taslima Nasreen (Femmes, poèmes d'amour et de combat, Librio)
Qui a agresé les deux soeurs, qui les a violées ?
Jamir Mia désigne Matrbor Ali
Y a-t-il un témoin ?
Faites venir les témoins dit l'imam d'une voix détachée
Jamir Mia jette un regrad déspespéré sur les villageois.
Qui va témoigner ?
Personne n'a assisté à la scène,
A part Mecque et Médina, il n'y pa pas de témoin,
Jamir Mia rampe en criant à tue-tête : Allah est témoin !
Mais l'imam ne peut prendre Allah comme témoin.
Et puisque Mecque et Médina ont perdu leur vertu,
Ce sont elles les coupables.
L'amende s'élève à cinq mille takas,
l'imam accorde un délai d'une semaine à Jamir Mia.
S'il ne paie pas les deux traînées recevront
Cent coups de fouet. Ce n'est que justice.
Bravo, bravo ! Les notables rassemblés applaudissent.
L'agriculteur n'a pas pu réunir les cins mille takas
Pour payer l'amende.
Mecque et Médina sont fouettées, comme prévu,
Tout le village assite à la scène, y compris Matbor Ali.
Toute la surprise du monde se lit dans les yeux de Mecque,
Pourquoi nous punir ainsi, pour quel crime ?
Médina répond toujours aux questions qu'on lui pose,
Elle cherche das les livres,
Dans des contes fabuleux ou dans sa tête.
Mais cette question est trop difficile pour Médina.
La réponse, elle ne la connait pas.
Pour la première fois, elle reste sans voix.
.
Veuillez introduire vos espèces
Please get your receipt !
Le petit supermarché où je fais parfois des courses a-t-il adopté le marketing en spirale ? (au cas où vous n'auriez pas tout suivi, je pratique désormais la pédagogie en spirale). Comme la plupart des grandes surfaces il a été restructuré pour égarer le chaland contraint de passer deux fois à la case papèterie et aux cases charcuterie et spiritueux avant d'arriver au rayon des biscuits, s'il veut des brioches,il doit revenir à la case fruits et légumes : un vrai jeu de l'oie dans lequel je crois être la dinde de la farce.
Cette refonte des rayons s'accompagne d'une réorganisation des caisses, et de l'ajout de caisses automatiques pour les clients de moins de quinze articles. "L'année prochaine vous êtes au chômage !" lance une cliente rigolarde à Muriel, la caissière aux yeux bleus et au sourire nonchalant avec qui j'aime bien échanger quelques mots (non, je n'ai pas la carte du magasin, oui, ce fromage est délicieux, à quelle heure finissez-vous ?). Elle ne semble ni troublée par ces concurrentes potentielles ni perturbée par les multiples injonctions en trois langues qui viennent parasiter tout embryon de conversation en indiquant aux empotés et aux autres comment passer les articles au scanner, introduire sa monnaie et prendre son reçu,
Mon esprit, alors que je remplis les deux sacs verts payés trois centimes : "Ne me jetez pas, je peux encore servir de sac poubelle!", s'amuse et rit jaune de ces injonctions multiples et absconses, comme le "déshabillez-moi!" aperçu sur un flacon de savon liquide aphrodisiaque. Aphrodisiaque ? Un savon ? Déshabillez-moi ? Quand on l'utilise on est déjà déshabillé non ?
Heureusement, dans ma Terre d'envol, il y a encore un marché le samedi matin (et le jeudi matin lorsque je suis en grève !). Le vendeur d'empanadas m'en donne une septième pour le prix de six (ma préférée est aux épinards), Jean-Claude me fait goûter son nouveau chorizo et me réserve ses pains au riz, Jeannot distribue des bouchées de ses fromages et quelquefois une lichette de "premières grives" au passant, un vieil apiculteur taille une bavette avec ses copains en bérets devant une table de camping où trônent quelques pots de miel et des sachets de bonbons en forme d'abeilles, le torréfacteur vend du Maragogype et du thé Douchka et il y a même un artisan savonnier qui vend des savons au lait d'ânesse.
C'est aphrodisiaque le savon au lait d'ânesse ?
Modern Lovers
Retenez-moi ou je fonce acheter un jean T***y Sm*** !
Je me demande si cette publicité, dont les belles photos noir ert blanc ornent tous les abribus de ma terre d'envol, vise, avec ses références seventies, les ménagères quinquagénaires hétérosexuelles, ou si elles touchent d'autres cibles, j'aimerais bien avoir vos réactions là-dessus.
Couches culottes de jouvence (2)
Qui se souvient des capsules transparentes en forme de chapeau que l'on trouvait après avoir soigneusement défait le couvercle de métal des bouteilles d'eau d'Evian ? Comme on disait "Frigidaire" on disait "Eau d'Evian" pour toute eau en bouteille. Ce chapeau avait été mis en vedette à "la bourse aux idées" pour atténuer le bruit lancinant de gouttes d'eau : il s'agissait de le traverser d'un fil relié au robinet.
Il y a deux semaines, mon paysage urbain affichait de drôles de photos où chaque personnage était affublé d'une espèce de double avorté en couche culotte, le kyste d'un frère siamois qui aurait oublié de se développer. On devine en se rapprochant qu'il s'agit seulement d'un T-shirt imprimé du corps d'un bébé suffisamment difforme pour s'adapter au cou de celui qui le porte.
Qui a un peu parcouru les nombreux guides de développement personnel et autres thérapies comportementales fera aussitôt le lien avec le fait de prendre soin de son enfant intérieur ; est-il pour cela nécessaire de l'exhiber en bambinette ?
"Live young" dit l'affiche. Ah oui, mais tout de même ! Me vient à l'esprit ce passage des rimes féminines de Juliette :
Mais s'il vous plaît, point de naissance,
De jeunesse, ni d'adolescence,
Épargnez-moi la chambre rose,
Soyez bonne, ô métempsycose
Relire "Eloge de l'âge dans un monde jeune et bronzé" de Christian Combaz me paraitrait assez salutaire face à ce déferlement de jeunisme forcené, d'autant que, vous l'aurez remarqué, il ne s'agit pas de s'intéresser à la jeunesse en général , mais de s'accrocher à tout prix à ce double régressif : ce n'est plus du jeunisme, mais de l'infantilisme.
"Live young" est un joli jeu de mot sur "vivez vieux" (Vous noterez le savant passage par l'Anglais, signe de modernité, et subtile mise à distance), vieux c'est à dire longtemps, et il nous parait préférable de vivre longtemps en se sentant jeune...Qui va nous y aider ? cette eau de Jouvence qui nous accompagne depuis notre plus tendre enfance : elle était déjà dans nos biberons.
Dans le conte, un vieux bûcheron regagne sa chaumière jeune et beau après avoir bu à une source inconnue. A sa compagne envieuse il indique le chemin ; il la retrouvera le lendemain soir sous forme d'un nourrisson vagissant...
Maintenant, imaginez un instant la réalité : "Evian, vivez vieux".
Couches culottes de jouvence (1)
Y a des trucs nouveaux dans la vie : autrefois, vous laissiez votre bébé tremper dans la pataugeoire, voire vous le preniez avec vous dans le grand bassin, vêtu d'un minuscule slip de bain "comme papa", au risque de laisser s'échapper quelque pipi ou autre. Maintenant on a évolué, il existe des couches spéciales piscine, plus question de laisser des marmots débraillés polluer l'eau chlorée.
Je me demande si le bébé Cadum de mon enfance avait les fesses à l'air.. C'était devenu une appellation contrôlée "bébé cadum" : le summum du compliment néonatal.
Les choses changent, donc les savons ne sont plus des savons, mais des non-savons qui ne se présentent plus en petit pains arrondis roses et durs mais en flacons sérieux que l'on ne sait jamais où jeter lorsqu'ils sont vides. Le bébé Cadum a laissé la place à une maman très douce si l'on en croit le slogan tiré par le latex du bonnet de bain : "tout doux tout Manaudou".
Je regarde cette affiche dans mes rues depuis hier, et je n'en crois pas mes yeux. Visage cireux, couleurs rose pisseux, tatouage sur la main, je me demande ce que veut me faire entendre cette image très laide. Qu'il faut se non-savonner avant de plonger dans la piscine ? que ce non-savon est très glissant ? ou au contraire qu'on ne risque pas de glisser sur la savonnette (pauvre savonnette en voie de disparition) ? On pourrait penser que cette photo vante quelque thérapie, comme celles où des célébrités suent en ce moment sur des vélos pour aider la chirurgie cardiaque ?
Je lis les journaux et j'écoute la radio, mais je n'ai pas la télévision, et je l'avoue, Laure Manaudou, j'étais à deux palmes de ne pas la connaitre. Il parait qu'elle aurait un jour écrit le nom de son amoureux dans sa main et que tout le monde (sauf moi) l'avait vu. Eh bien, il doit être content l'amoureux, de se voir remplacé par un non-savon ! (en flacon c'est mieux).
Non, décidément, je n'ai pas tous les codes pour comprendre cette publicité et j'ai hâte qu'elle soit remplacée par quelque chose de plus drôle. Je reviens demain ...peut-être... si je n'ai pas glissé dans ma baignoire, sur mon savon surgras ...
nationale ?
Liberté Égalité Fraternité
Petit Larousse :
Identité : 1- Rapport que présentent entre eux deux ou plusieurs êtres ou choses qui ont une similitude parfaite.
2- Caractère fondamental et permanent d'un groupe - psychol : identité sociale : sentiment ressenti par un individu d'appartenir à tel groupe social qui le porte à adopter certaians comportements spécifiques.
Dictionnaire des mathématiques élémentaires, Stella Baruk :
Identité
Caractère de ce qui est ou reste le même. Voltaire dans son dictionnaire philosophique, à l'article identité écrit :: "Ce terme ne signifie que même chose il pourrait être rendu en français par mêmeté. Si Paul et Pierre affirment qu'ils ont tous deux le même dictionnaire, cette affirmation peut se comprendre de deux façons :
a) ou bien ils ont un seul dictionnaire à eux deux, et "le même" caractérise un objet unique qui est le même pour l'un comme pour l'autre
b) ou bien ils ont chacun leur dictionnaire,ce qui fait deux objets, distincts, dont le sreluires peuvent être différentes, mais pour lequel quelque chose reste "le même", ce quelque chose étant ici les auteurs, l'éditeur, le texte, etc;
On retrouve en mathématiques les deux significations principales qu'a la notion de "mêmeté" dans la langue. L'identité traduirait quelque chose de plus fort que l'égalité.
.../...
La relation d'identité entre plusieurs variables est une relation d'égalité toujours vraie, quelles que soient les valeurs prises par les variables.
Ne nous a-t-on pas ennuyé avec les questions d'identité nationale pendant des mois ? Comment peut-on imaginer retirer la nationalité française à une personne qui a obtenu la naturalisation ? Cela voudrait dire que tous les citoyens français ne seraient pas traités de la même façon ? On pourrait pousser le raisonnement non ? déchoir de sa nationalité toute personne "née française" ayant commis des actes de délinquance ?
C'est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence
La présence d'esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
G.B.
La squarature du cercle
Je n'ai pas vu les hordes de sangliers, promises par le patron d'une brasserie du vieux port, traverser la Méditerranée à la nage entre Corse et Sardaigne ! Je n'ai pas vu les dauphins et les baleines depuis le pont numéro 10 du Napoléon Bonaparte.
Je n'ai pas vu de banc public à Marseille. De la gare Saint-Charles à la gare maritime, seul le minuscule square de la Joliette offre au passant un morceau de pelouse et quelques blocs minéraux semblables à des pierres tombales désordonnées.
Dans la chaleur estivale, le chaland qui descend du bateau et attend un train dans quelques heures, peu disposé à arpenter la ville, une fois visités bars et librairies, cherche un lieu où se reposer un moment et prendre une légère collation car il a fait quelques emplettes : baguette croustillante, saucisses sèches de Banon au fromage de chèvre, abricots. Apercevant quelques beaux platanes il se dirige vers ce jardinet public.
Le square étonnament désert est rond, cette place s'est appelée autrefois place de la rotonde, de belles maisons la cernent.
Le promeneur devra, s'il veut s'assoir, se contenter d'un trottoir crasseux : il n'y a pas de banc dans le jardin et celui-ci est cadenassé en plein midi.
"Marseille ville de culture en 2013" fait savoir l'affichette. Le touriste éconduit dans cette ville qu'il ne connait pas mais que son imagerie d'Epinal lui montrait comme une cité d'accueil cosmopolite et plein de vie, s'interroge. Il fait un lien direct et facile (cliché !) avec la coloration politique de la municipalité, constate que des cabinets d'avocats occupent un immeuble de la place proprette. Il joue à imaginer une performance où quelques centaines de clochards viendraient s'allonger sur les trottoirs de la rotonde.
Il pense à Georges, là-bas, dans la bonne ville de Sète et se demande quelle chanson il écrirait aujourd'hui.
Journée de ...
Chaque jour est la journée de quelque chose. A l'occasion de la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, je lie la publication de Martin Winkler, (lien trouvé ailleurs).
Colomiers, terre d'envol (à suivre)

Près du Salon de l'auto-moto
parc des expositions
Toulouse, novembre 2009
(Colomiers est le nom de la ville inscrit sur l'étiquette, pour ceux qui ne peuvent pas lire)





