A l'ego toute ! *

photo : Marco H, 2 août 2008 vers 16h
En feuilletant les photos de l'été, je tombe sur celle-ci.
Pourquoi aime-t-on une image plutôt qu'une autre ?
Parce qu'elle est compatible avec celle que l'on rencontre dans le miroir ? (confrontation qui ne se fait pas sans une certaine préparation, on se compose un visage acceptable, un peu comme on recoifferait sa crinière, la nuit, avant de voler au secours de l'enfant qui a fait un cauchemar, pour ne pas l'effrayer davantage avec sa tête de loup).
Dans la photographie arrive un tiers, celui-qui nous éloigne de ce face-à-face, celui qui nous voit et nous montre une image de nous, celui aussi qui va voir une image de nous donnée par quelqu'un d'autre ou par soi-même dans le cas de l'autoportrait.
Tiens, c'est comme cela qu'on me voit ?
C'est au refuge d'Anterne à 2OOO m, face au Mont-Blanc, il y a encore un peu de soleil, l'air est frais, mon téléphone portable est à portée de main car je m'assure que tout est prêt pour le départ de ma fille en colonie de vacances le lendemain (hélas les Alpes, davantage que les Pyrénées, sont équipées d'antennes, l'on y croise souvent des randonneurs en grande discussion d'affaires et les mères de familles inquiètes conservent leur cordon ombilical), et le Lumix de ma sœur tout proche.
Cette image me ramène au souvenir d'enfance de ma sœur écrivant devant la fenêtre, activité mystérieuse que je me suis efforcée d'imiter, dès que j'ai su tenir un crayon, en traçant sur le papier des kilomètres de vagues.
Ma mère écrivait, debout devant le buffet, des lettres, des listes, des recettes, des notes dans un carnet, avec un stylo-plume à pompe Bayard marbré noir et marron. Mon père tapait ses lettres et divers documents à la machine, touches rondes cerclées de métal, avec deux doigts ; il utilisait aussi des stylos Bic bleus avec un petit bouton transparent sur le côté pour faire rentrer ou sortir la pointe. J'ai peu vu mon frère écrire, il avait quitté la maison déjà, et on lisait ses lettres à haute voix après le passage du facteur le matin, religieusement. Elles débutaient par "Chers tous". Nous nous étonnions des bulles qu'il plaçait sur les i en guise de point, était-ce une référence à son amour de la mer et des poissons ? Il me tardait un peu de m'éloigner pour pouvoir moi aussi écrire des lettres qui seraient lues le matin.
J'ai connu très vite l'éloignement et j'ai nourri la solitude des soirées d'internat par les livres et par l'écriture et la lecture de très nombreuses lettres. Ce plaisir épistolaire continue aujourd'hui avec les blogs, d'ailleurs je pourrais commencer mes billets par "Chers tous" ou "Chers vous" ...
Hormis les touches douces et carrées de mon VAIO, j'utilise pour écrire toutes sortes de stylos, ici un Pilot 0,5. J'aime bien les simples Bic jaunes, les crayons à papier, les stylos blancs sur fond coloré, et je suis fidèle depuis dix-huit ans au Mont-Blanc qui tache mes doigts, dont je remplis le réservoir d'encre couleur pain d'épices.
*Titre librement inspiré de Tonino Benacquista
sels d'argent
Aucune des photos que j'avais prises moi-même cette nuit-là n'avait été tirée, aucune, et examinant les négatifs avec attention, je me rendis compte qu'à partir de la douzième photo, la pellicule était uniformément sous-exposée, avec çà et là quelques ombres informes comme d'imperceptibles traces de mon absence.
Jean-Philippe Toussaint "L'appareil-photo"
portrait
découvert
aujourd'hui par hasard les hyper-photos de Jean-François Rauzier...et beaucoup aimé sa plage d'Etretat.
photographie... et mémoire
Dilettante butineuse je cherche des informations à droite à gauche, sans jamais approfondir suffisamment. Je m'esbaudis aisément devant toute chose, c'est l'autre face, agréable, de ce défaut. Ainsi, creusant des interrogations photographiques en vue d'acquérir mon prochain joujou, je me dis que je devrais me replonger dans mes cours d'optique (depuis longtemps rongés par les souris ou passés au récup'papier) et je trouve ce site.
Je me replonge aussi dans un vieux guide Marabout de la photographie de Marc Biderbost, jauni et usé. Je souris à sa lecture, et j'y retrouve des choses oubliées ou jamais sues.
(Ah, les guides Marabout ! avec les que sais-je, le Quid et le petit Larousse, c'était notre Google de l'époque !)
Donc, au chapître objectifs, je cite :
"Les grands angulaires : de 18 à 24 mm : c'est l'optique de l'espace, de la profondeur, celle des amateurs courageux...
Les standard : Nous avons déjà vu que c'est à Monsieur Leica (Oscar Barnack) que l'on doit depuis 1913 la norme de l'objectif 50 mm pour les appraeils 24x36. En fait, cette norme n'en est pas une. En effet, la diagonale de ce format est en réalité de 43 mm.. On a dit aussi que l'angle de champ de 50 mm (47°) correspond à celui de l'oeil humain. cela n'est pas exact, puisque l'oeil voit plutôt selon un angle qui correspondrait à une focale de 70 à 100 mm. La réalité se situe sur deux plans : les focales 50 mm sont plus faciles à réaliser et à corriger, elles permettent une plus grande ouverture, et les coûts sont moindres...
L'objectif universel :...Il convient de préciser une chose : en optique, il n'est point de miracle...Un zoom bon marché ne peut prétendre à la qualité. "
Je possède aussi un superbe livre encore plus jauni sur le zone système, (aux "cahiers de la photographie"), que j'ai dû lire avec attention et en prenant des notes il y a un peu plus d'une vingtaine d'années. En attestent les dites notes glissées entre les pages. Et je m'interroge. Je ne suis absolument pas capable de dire quoi que ce soit sur ce livre hormis le fait que j'avais eu grand intérêt à l'acheter, le lire, le compulser. Je me demande ce qu'il en reste, hors de ma conscience, si quelque part au sein de mes diverses connexions neuronales, il en demeure une trace...
Post scriptum : que les spécialistes qui attendraient avec impatience le résultat de mes investigations ne se fassent aucune illsusion sur mon choix ! Lorsque ma fille est née elle a passé deux jours sans prénom, alors que j'avais compulsé maints guides et livres sur le sujet, et établi de nombreuses listes. Elle a cependant réussi à recevoir un prénom très simple et très classique, qui signifie "éclat du soleil", sonne doucement à l'oreille et semble lui convenir. (Plus trois prénoms supplémentaires signifiant vie lumière ...etc)
Le stéréoscope
"dispositif optique permettant à chaque œil de ne voir qu'une image spécifique. Ces images représentent le même objet vu sous deux angles légèrement différents. A travers le stéréoscope, l'œil droit ne voit que l'image droite et l'œil gauche que l'image gauche. Grâce à la vision binoculaire, l'observation de ces deux images permet au cerveau du spectateur de reconstituer l'espace dans ses trois dimensions : hauteur, largeur et profondeur.
Historiquement, le premier stéréoscope a été construit par un physicien anglais, Wheatstone, en 1838 et fonctionnait selon un système de miroirs. Brewster, autre physicien anglais, proposa en 1844 un autre type de stéréoscope fonctionnant avec des prismes et des lentilles. Cet appareil connut un énorme succès et, à maintes reprises, a été repris et modifié. Certains stéréoscopes ne fonctionnent qu'avec des prismes, d'autres qu'avec des lentilles." (lexique)
Remarque : apparemment on a l'impression de voir l'image avec un seul oeil, qui est en réalité l'oeil directeur (celui avec lequel on vise naturellement) Pour en savoir plus sur les phénomènes d'optique...

Cet appareil, retrouvé hier, a émerveillé des moments de mon enfance. Il était rangé dans une armoire à glace qui grinçait atrocement chaque fois qu'on l'ouvrait, et accompagné d'une cinquantaine de photos. Un panorama du monde à la fin du dix-neuvième siècle : Londres, Le Caire, Rome, Bergen,le pont de Brooklyn, San Francisco, New York, l'opéra de Paris, des mises en scène avec personnage ("les préparatifs du mariage" etc..), et aussi une photo de la Lune, qui, avec l'effet de relief, devenait la plus fascinante de toutes.
Les images portent au dos la mention "photographed and published by B.W. KILBURN-Littleton, N.H."
Sans doute est-ce un oncle de ma mère qui a rapporté cet objet d'Amérique, où il était parti comme cuisinier dans de grandes familles . J'ai dans les yeux cette image de son départ,une photo d'un très vieil album de famille, sur le pont d'un bateau l'oeil et la moustache conquérants, à son côté, une très jeune fille fraîchement épousée, la mine résignée, qui devait mourir très vite là-bas d'une maladie des poumons.
J'ai sélectionné ce cliché, qui ne rend pas grand chose une fois scanné : "jewish quarter, Warsaw, Poland, Russia, 1897".
A la lumière du vingtième siècle (et du vingt-et-unième), je trouve cette image poignante.

Les photos sont collées sur des plaques de carton, incurvées par les ans, d'où le flou, malgré le fait que j'aie appuyé comme une sourde sur le couvercle du scanner...



