mardi 10 novembre 2009
le rhume de baron*
*l'éjaculateur électrique enfin retrouvé
En déplaçant les livres poussiéreux récupérés récemment dans une maison que j'ai quittée il y a sept ans, je lis rêveusement les titres : toute la série "Fortune de France" de Robert Merle, L'amant de la Chine du Nord (qui vous savez), Psychologie et pédagogie (Piaget), Une société sans école (Illitch), Lumières du Moyen-Âge (non, pas Laurence, Régine), Histoire des mathématiques (Marcel Boll, que sais-je), et soudain, devant la couverture d'un ouvrage lu il y a plus de vingt ans, jaillit la lumière, la réponse à une question posée voici longtemps : "Qui urinait sur des prises électriques pour guérir une blennorragie chaude-pisse ? " J'ai planté là les courses à faire, le ménage et le rangement pour chercher le passage idoine
"Les années de chien" de Günter Grass.
Éditions du Seuil, collection Folio, traduction Jean Amsler, page 477 :
En 38, le 20 avril. .../...Et maintenant nous sommes à l'Ouest, le cul sur une chaise, avec la chaude-pisse.
Alors Matern, frottant l'Est contre l'Ouest grince des dents.
.../...
La pénicilline est hors de prix, même la belladone est extrêmement rare. Alors Matern, la braguette ouverte, se dirige vers le mur blanchi à la chaux qui limite à l'Est la chambre paysanne. Cette cérémonie a lieu sans coucou ni fanfare. Mais c'est vers l'Est qu'il braque son chose melliflu."Le Reich est plus grand que nos frontières !" Neuf millions de cartes de réfugiés s'empilent à l'Ouest de Matern : "Il faut tenir le château fort et la porte de l'Est !". Un cavalier s'en va de par les Allemagnes et ne trouvera pas de porte à l'Ouest, seulement une prise de courant. Et le contact se produit entre le chose et la chose. Matern-disons-le sans détour- pisse dans la prise de courant et, par l'intermédiaire du jet d'eau continu reçoit un choc violent, électrique, alternatif, renversant et salutaire ; autant changer d'eau un poisson-torpille, car dès qu'il se remet sur pieds, blême et tremblant sous ses cheveux horrifiés, tout le miel s'écoule. Le lait vengeur se caille. les perles d'amour s'enfilent dans les raies du plancher. L'or en barre fond. Jeannot-la-Goutte respire, soulagé. La courante se sauve. Les larmes de veuves se tarissent. L'électro-choc guérit le rhume de baron.
S'il y a un médecin dans la salle, j'aimerais tout de même qu'il donne son avis sur la méthode. Le chapitre "sécurité électrique" du livre de physique de baccalauréat professionnel interdit formellement cette pratique ! Deux de mes élèves avec qui je la commentais ont dit l'avoir tentée avec douleur, sur des clôtures électriques (l'un d'eux a affirmé que c'était parce qu'il avait trop bu).
lundi 26 octobre 2009
Blogeuse en wacances
Je ne résiste pas au plaisir de vous copier, des touches blanches de mon clavier, cet extrait de "l'éléphant est irréfutable" d'Alexandre Vialatte. La chronique a pour titre "Chronique du marin écœuré", je ne la transcris pas inextenso...
Que feront les hommes quand ils ne feront rien ?
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La différence est faible, et la distinction difficile entre le travail et le loisir, encore qu'on se rende compte assez vite que le travail est le moins fatigant. Quand le guide et le villégiateur viennent d'arriver au sommet du mont Blanc en passant par une paroi lisse qu'on ne peut escalader qu'avec les griffes et le bec, au moyen d'une échelle pliante, le guide a les joues roses, le souffle régulier et réclame une choucroute garnie, le villégiateur n'est plus qu'une patte-mouille gémissante, une gélatine irresponsable, une éponge de malédiction. Il n'a plus d'ongles, il n'a plus de dents. Il réclame un lit sur le champ, ou à défaut une chaise pliante. C'est pourtant le guide qui travaille et le villégiateur qui s'amuse ; c'est le villégiateur qu'on envie. On voit par là que loisir et travail ne se différencient que dans l'esprit. Le loisir est un état d'âme.
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Le loisir c'est le travail du voisin, le loisir c'est de changer d'outil, c'est le livre pour le jardinier, c'est la bêche pour le bureaucrate. On voit par là que la tâche restant la même, il suffit que les équipes changent de travail entre elles pour que l'humanité soit dans l'ère des loisirs. L'éden n'est qu'une question d'horaire. Le paradis s'obtient par roulement. Si bien que nous y sommes peut-être, comme le veut monsieur Gaston Berger. Il suffit en effet que nous considérions qu'ayant changé deux fois avec le même voisin, nous nous retrouvons devant la même tâche ; qu'au lieu de la faire, nous la refaisons ; qu'en face d'elle nous disions "Encore !..." (comme il nous arrive si souvent) ; c'est le loisir, c'est le travail joyeusement consenti !
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Le loisir est une chose étrange. "Que feront les hommes quand ils ne feront rien ? " demande monsieur Gaston Berger. Ils feront la même chose qu'avant. Le métier repose du métier. Je connais un violon de l'opéra qui va écouter des concerts dès qu'il a un après-midi, et un lieutenant de la marine marchande qui est dégouté de sa profession ; il veut entrer dans l'industrie, il veut gagner beaucoup d'argent. "Qu'en ferez-vous ?" lui ai-je demandé. "Je passerai ma vie à naviguer", m'a dit le marin dégouté de la marine. C'est bien ce que je disais dès le début. Quand l'homme n'aura plus rien à faire, il fera enfin son métier. L'homme est un marin écœuré qui veut entrer dans la marine.
Alexandre Vialatte (vers 1961)
vendredi 2 octobre 2009
le poil hérissé
J'entends proférer tellement d'âneries en écoutant la radio nationale, que je ne saurais trop vous recommander, si parfois, comme moi, vous vous sentez handicapé du raisonnement, de lire ou relire le petit cours d'autodéfense intellectuelle.
Y sont répertoriés les principaux paralogismes (raisonnements invalides) ou sophismes (les mêmes, commis intentionnellement). Les autres chapitres sont intéressants aussi.
J'aime bien les listes, je dresse donc celle des principaux paralogismes :
- inconsistance (énoncé à interprétations multiples)
- dénoter/connoter (aspect émotionnel de la connotation)
- affirmation du conséquent
- négation de l'antécédent
- faux dilemme (choix forcé avec une seule option acceptable)
- généralisation hâtive (l'échantillon est-il représentatif ?)
- hareng fumé (traiter d'un autre sujet sans en avoir l'air)
- argumentum ad hominem (détourner l'attention, de la thèse vers les caractéristiques de la personne qui l'a émise)*
- appel à l'autorité (celle de l'expert en quelque chose utilisée dans un autre domaine !)
- pétition de principe (supposer dans les prémisses ce que l'on veut obtenir en conclusion)
- post hoc ergo procter hoc (prendre la corrélation pour une cause)
- ad populum (appel à la foule : si tout le monde le croit, c'est vrai)
- paralogisme de composition et de division (manière erronée de raisonner sur les parties et le tout)
- appel à l'ignorance (puisqu'on ne peut pas montrer que c'est faux, c'est vrai !)
- pente glissante (effet domino, entrainant des catastrophes)
- écran de fumée (jargon)
- homme de paille (version affaiblie d'un raisonnement)
- appel à la pitié (invocation illégitime de circonstances)
- appel à la peur (...)
- fausse analogie
- suppression de données pertinentes (ne retenir que les exemples qui confirment ses hypothèses préférées)
Je pense avoir déjà écrit ce billet, mais ce n'est pas grave. Quant au livre, je reconnais qu'il dépare un eu dans une bibliothèque, avec les mêmes habits que la collection "pour les NULS".
*l'argumentum ad hominem avait été grossièrement, utilisé par N.S. contre S.R., pendant le débat : au lieu de répondreà ses questions, il avait souligné qu'elle se mettait en colère et qu'elle perdait son sang froid, ce qui n'était guère admissible pour un futur chef d'état.
dimanche 2 août 2009
Réminiscence
C'était "Matterhorn" de Joseph Peyré, pour ceux qui suivent. Je sais que j'ai beaucoup aimé ce livre à douze ou treize ans, mais n'en ai guère de souvenir.
samedi 1 août 2009
Madeleine, la duchesse est sortie ...
Les tribulations éditoriales du petit Marcel, relatées dans un grand quotidien, en juillet, sont riches d'enseignements. Jouaient contre lui, entre autres, ses relations mondaines et son désir de publier à compte d'auteur.
Aux Editions Fasquelle, Jacques Madeleine (cela ne s'invente pas !) écrivit en refusant le manuscrit de la Recherche :
On peut mettre en fait qu'il ne se trouvera pas un lecteur assez robuste pour suivre un quart d'heure, d'autant que l'auteur n'y aide pas par le caractère de sa phrase qui fuit de partout. Mais dans l'ensemble il est impossible de ne pas constater qu'il s'agit là d'un cas intellectuel extraordinaire.
lundi 6 juillet 2009
Encore
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Résumons-nous : le bonheur ne cause que des ennuis. Le mieux est de ne pas s'en occuper. S'il vient tant mieux pour nous, s'il part, tant pis pour lui. La pire erreur est de le chercher ou de vouloir le rattraper. Il va il vient à son idée ; le bonheur est un papillon, l'ombre de notre main l'effarouche.
S'il existait, on l'aurait su. Depuis qu'on le cherche, on l'aurait trouvé. Ce n'est pas autre chose qu'une idée fixe.
Alexandre Vialatte (L'éléphant est irréfutable)
vendredi 3 juillet 2009
Célébrité
Cette nuit j'écrivais le billet sur Caroline, et ce matin, éveillée de bonne heure, j'ouvre "L'éléphant est irréfutable" de Vialatte, que l'on m'a prêté hier, recueil de chroniques dans "La Montagne". Je tombe sur ce texte, dont je vous copie un extrait :
Il y a quelque chose de choquant à voir les conditions de la célébrité. On ne saurait être célèbre à moins de sauver son pays ou de découvrir de quelle façon tournent les étoiles ; ou alors il faut tuer une famille britannique qui vient camper dans les asperges .../...C'est ainsi que l'opinion s'est formée petit à petit que la célébrité devait aller au banal et se mettre équitablement à la portée de toutes les bourses. Au lieu d'aller au grand monsieur ou à l'immense dégoûtant, au grand cerveau ou au grand estomac, elle doit aller au monsieur moyen, au dyspeptique, au moyen dégoûtant. Ou même au même pas dégoûtant. Au Monsieur et à la Dame qui font ce que fait tout le monde. Si bien que chacun se sent glorifié à travers eux. Manger des nouilles, se raser sans blaireau deviennent ainsi des gestes historiques, des plaisirs vaniteux qui n'en coutent pas plus cher.Sarah Bernhardt faisait des jaloux. Sarah Bernhardt était décourageante. Comment imiter ses exploits ? Il y avait le physique, le don, le travail, que sais-je ? la crise de nerf et l'adultère mondain ; du diamant ; d'illustres malheurs. Au lieu que l'actrice, l'acteur, l'artiste que pourrait être n'importe qui, flatte l'homme au plus profond de lui-même.
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Si bien que les gens intelligents ont compris que la célébrité devait aller, pour rapporter, au sujet qui sait réunir le plus de moyens de n'être pas célèbre, et que les cerveaux de premier choix ont vu tout de suite que le fin du fin était de la faire aller tout de suite à ce qui ne mérite que la fessée.
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Le progrès facilite toute chose. La civilisation fait rage.
Alexandre Vialatte est mort en 1971.
samedi 24 janvier 2009
petite madeleine
Et comme dans ce jeu où les Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau, de petits morceaux de papier jusque là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s'étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l'église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, page 59, Bouquins, Robert laffont
mardi 13 janvier 2009
Rouge
Êtes-vous déjà morts ? Non ? Lisez "Mon nom est rouge", vous y mourrez plusieurs fois, mais pas d'ennui, et vous aimerez ça.
Il y a des livres foisonnants dont on imagine que l'auteur a rassemblé tellement de documentation, effectué tant de recherches, que l'on se sent le devoir de le relire, au moins une fois, par égard pour lui. Evoquer le temps passé à l'écriture, la relecture, puis la traduction, et penser qu'on dévore cela en quelques jours ! Comme ces plats mitonnés pendant des heures qui réjouissent notre palais l'espace d'un repas. On a envie de savourer encore les passages croustillants, les énumérations appétissantes, les descriptions délicieuses.
Relisez-vous ? J'ai grand plaisir à certaines relectures. Je goûte la lecture buissonnière lisant parfois à l'envers, parfois interrompant un texte à jamais ou pour une durée très longue jusqu'à ce qu'une pensée fortuite m'y ramène. Parfois je lis deux fois à la suite in extenso le même ouvrage.Quel synonyme du verbe lire ? je fouille ma mémoire amollie d'une journée finissante. Déchiffrer, parcourir, feuilleter, bouquiner, compulser. La racine indo-européenne de lire est leg, qui signifie rassembler, recueillir, choisir et qui a donné legere en latin. De la branche cousine viennent collection, élection, intelligence (intellegere) négligence, spicilège (anthologie).
Je suis tombée dans le panneau de l'assassin trop évident, une feinte de roman policier, et le suspense a duré jusqu'au bout. J'aime assez être lecteur naïf. Meurtres parmi les peintres et enlumineurs du palais de Topkapi au seizième siècle (je n'ai pas vérifié lequel de celui-ci ou du "Nom de la Rose" a été écrit le premier !). Pour retrouver le coupable, on étudiera l'histoire et les subtilités de la miniature persane (ou réciproquement, pour étudier la miniature persane, on cherchera à démasquer l'assassin). Au fil des chapitres, le mort, son meurtrier, un chien, un dessin, la couleur rouge, une entremetteuse, les enlumineurs et d'autres que j'oublie, nous racontent l'histoire. Le personnage du roman c'est aussi Istanbul et ses ruelles, le palais, l'hippodrome. On se livre à une interrogation sur le style et la cécité, l'influence de la Chine et de l'occident.
"Je n'oublierai jamais ce regard si bref qui s'est alors posé sur moi, plongeant dans mes yeux avant de s'envoler à nouveau par la fenêtre, comme moi-même par la suite, j'ai posé mes yeux sur tant d'autres. Ce regard voulait dire une seule chose, que savent tous les apprentis : le temps doit emprunter ses ailes à l'imagination."
Ohran Pamuk "Mon nom est rouge" traduit du Turc par Gilles Authier
lundi 5 janvier 2009
Du rouge aux lèvres

Un ballon monte
et monte
empli de tristesse
kanashibi no michite fûsen maiaigaru
(Takajo Mitsuhashi)
"Du rouge aux lèvres" est un recueil de haïkus écrits uniquement par des femmes. A placer dans ma bibliothèque près de "femmes poètes de la Chine"...





