jardin d'automne
J'aime la nudité de l'hiver, l'absence discrète des couleurs.
Le jardinier sait que ce qu'il a omis de planter ou de semer à temps ne poussera pas, qu'il doit s'accorder aux jours et à la pluie.
J'ai remisé le tuyau d'arrosage il y a déjà plusieurs semaine, hier j'ai remplacé le salon de jardin aux teintes éclatantes par un guéridon terne, taillé court les arbustes, défriché la bignone grimpeuse et luxuriante dont les feuilles tombaient mollement. Au printemps la glycine lancera de nouveau ses branches.
A certains automnes, nul printemps ne succède.
Humour noir et Terre d'envol
Salon de l'auto-moto, Toulouse, novembre 2009
Une précédente campagne de la sécurité routière nous montrait chacun d'entre nous dans ses gestes quotidiens. Ici c'est vous et moi, dan sons cercueil ou dans sa chambre funéraire, morgue ou dépositoire (pour la nuance entre les termes vous pouvez jeter un oeil là). Je ne m'en lasse pas.
On se demande si cet homme est aussi beau vivant que mort. Tiens, cette image me rappelle "Gran Torino" qui commence et finit par des funérailles. Au début du film le cercueil est fermé, à la fin, il est ouvert à demi, montrant le visage du héros, serein. Clint Eastwood me semble-t-il avait dit que c'était le dernier film où il tenait un rôle, il y montrait donc ses obsèques "avant l'heure". Grandiose.
Photocopies
Je me demandais comment qualifier un sourire, alors je pense au sourire dans Alice au Pays des merveilles, et au sourire de Ségolène Royal (de Philippe Muray) que l'on m'a fait découvrir il y a peu (merci), à mon professeur de Français de sixième -une vieille dame de mon âge- qui, lorsqu'elle nous donnait un sujet de rédaction, nous faisait faire une recherche de vocabulaire en classe, et nous déconseillait les images toutes faites (un tapis de feuilles en automne ? mais voyons c'est un cliché), et je ne sais pas décrire un sourire sans utiliser de formule convenue.
Aujourd'hui pourtant c'est d'un sourire que je voudrais parler. Je l'ai trouvé au dessus de la photocopieuse. La photocopieuse est le lieu stratégique dans un lycée. Chez nous il y en a trois, placées dans le couloir qui mène au CDI, juste en face des toilettes des hommes et des femmes. La machine à café se trouve dans une petit salon meublé chez I***a. Justement, j'allais photocopier un article du Monde "la mort en danger de mort" de Robert Redeker, sans me rappeler que je pouvais trouver le lien, copier coller le texte, etc. : j'ai encore de vieux réflexes (rappelez-vous que j'ai connu la machine à alcool et les bons vieux stencils). Comme je ne parviens pas à faire un lien vers le texte, et si l'article n'est plus en ligne,je peux vous l'envoyer par mail si vous le souhaitez, il suffit de demander.
Une photo imprimée sur une demi-page A4 format paysage, l'autre moitié contient un texte bref.
Une femme debout sous une ombrelle bleutée, au coin d'une terrasse fleurie, qui donne sur un joli jardin. Je ne sais plus si elle tient l'ombrelle, je sais qu'elle fait un signe d'au revoir avec la main gauche. Une main trop fine. Ce sourire semble paisible, timide, confiant, radieux, enfin, je ne pourrai écrire que de mauvais clichés. Un sourire qui sait être le dernier qu'elle nous adresse. Un sourire de l'autre côté. Quelqu'un a saisi ce sourire.
Le poids des ans
A la naissance, on pèse environ trois kilogrammes : à peu près la masse de nos cendres après incinération.
scie musicale
L'autre matin, m'adonnant au repassage, j'ai réalisé que la sensation de bien-être que je ressentais, était liée au ronronnement de la machine à laver (une B*sch acquise il y a cinq ans) dans la salle de bains. Le son produit par la rotation alternative du tambour, un léger grincement en corollaire, le très vague bruissement du linge et de l'eau mêlés, ont sur moi un pouvoir d'apaisement.
L'entretien du linge est encore souvent l'apanage des femmes.
Il faudrait lire à ce sujet "la trame conjugale" (que je n'ai pas) de Jean-Claude Kauffman, ainsi que le livre de Marie Magdeleine Lessanan "Entre mère et fille un ravage"(acheté il y a quelques années, en attente) où sont traités les sujets du linge et de sa fonction, de son entretien. Dans le deuxième ouvrage, c'est ponctuellement, à propos du crime des sœurs Papin (lire "les bonnes" de Jean Genet), que l'auteur relie au lavage et au mélange des linges de toutes les femmes en jeu (on évoque tout de suite l'expression de laver son linge sale en famille).
Bref, ce bien-être électroménager vient sans doute de l'enfance, de mes réminiscences auditives et olfactives (ah, l'odeur du savon chaud) et de leur alliance directe avec la réassurance maternelle. La sensation de protection liée au père est attachée à une terrifiante scie circulaire dont le son me déchire encore les tympans après quarante ans.
Traversées
La route des Landes : le Nouveau Mexique sans le désert, sans les cactus.
Un muret de pierres sèches, derrière : les vignes.
Mes cousins ont vieilli, moi encore plus pensent-ils.
Une bague en argent et pierre de Lune.
Les chambres de l'hôpital, côté ouest, ouvrent sur la maternité. A l'ouest, chambres seules, elles donnent sur les pompes funèbres. Selon l'angle où l'on se place, on peut lire "Pompes fun".
Bracelet d'identité autour du poignet droit : à la fin de la vie comme à la naissance.
A la place du miroir, un pastel signé Sagone, aux couleurs d'automne.
Un recueil de poèmes de Marie Noël.
Le chêne et le peuplier désormais séparés.
dix heures
des premiers chaussons
aux pompes funèbres - à peine
trois battements de cils
le loup et l'agneau
mais pourquoi ce titre ?
Rue Saint Jean
Ce matin
j'avais un rendez-vous
je suis passée dans une rue
où je ne marche pas très souvent
elle était barrée
je n'ai pas pu y aller en voiture
pour me garer
tout en haut du parking des Carmes.
Sur le trottoir cette inscription
en lettres blanches au pochoir
"Ce matin l'automne
dans le mirroir
le visage de mon père"
Zalez
Mon père est mort
il y a vingt-trois ans aujourd'hui.
Il s'appelait Jean.
J'ai regardé le nom de la rue :"rue Sao Jao"
"rue Saint Jean"
Je précise que j'ai copié le texte exactement comme il était, au cas où l'on me taxerait (à juste titre) de digislexie.
Vieillir ?
Ce n'est pas souvent drôle et on meurt à la fin.
Je viens de lire "des phrases courtes ma chérie", que j'avais prêté à ma mère il y a quelques années ; elle me l'avait rendu en me disant que c'était à peu près ce qui m'attendait, et j'entame le bouquin d'Olievenstein, qu'elle avait acheté à sa parution. Je ne sais si je le lirai jusqu'au bout, tout dépendra de son (mon) intérêt : j'ai été captivée par "La mort est une question vitale" d'Elisabeth Kubler Ross, au début, mais je l'ai lâché dès qu'il s'est couvert de mysticisme dégoulinant .
Mon professeur de sciences naturelles de cinquième et de terminale (j'avais la chance d'être dans un collège lycée), Monsieur L., nous répétait inlassablement que l'on prépare sa vieillesse pendant sa jeunesse, que l'on vit plus longtemps vieux que jeune, et que l'on creuse sa tombe à l'aide de sa fourchette. Assertions assenées avec un sourire narquois, au milieu de cours assez fantaisistes dont je garde un excellent souvenir.
Je pensais à lui ce matin en courant dans l'eau. Courons-nous contre la mort ?

Je ne sais où, on dit qu'Olievenstein a lu Proust quinze fois. Bon, là...Quinze fois ?



