boîte à lettres

Cette fois, j'ai aussi passé le nez dans la boîte à lettres.
L'odeur n'y est plus, c'est juste un vieux remugle de maison abandonnée.
Inventaire
Une pièce de cent francs nouée dans le coin d'un mouchoir rose
Une musette en plastique bleu ciel tressé à fermeture noire
Une gamelle en émail rouge à deux étages
Des feutres gris dans une grande caisse en bois
Trois kilomètres à pieds
Un porte-plume et sa fameuse encre violette.
Une grande feuille de papier bleu, sable coquillages et bateaux en coquilles de noix
Du sucre en poudre, un igloo de sucres en morceaux
Du caramel sur le poêle à bois
Un tablier bleu au col brodé de canards
Une pèlerine imperméable rouge
Une paire de lunettes "amor"
Une école dans les années soixante
Enfances
Je me souviens de ce premier jour d'école à quatre ans. On me donne un demi-cahier vert, à doubles lignes, j'écris aussitôt des mots au crayon sur les pages du milieu ; m'apercevant que c'est interdit, je les gomme en froissant la feuille.
Un soir de septembre j'ai traversé la cour du lycée en cherchant l'odeur des feux dans les champs. A dix ans, le passage des salles de classe à l'internat se substitue aux trois kilomètres de marche qui me ramenaient de l'école primaire. Maigre consolation de la bille de chocolat et du morceau de pain aux bords blanchis, un livre sur ma table de travail.
Ce jour-là, pendant les vacances de Pâques, je suivais mon frère et mon cousin qui allaient vider dans l'ancien lavoir une bouteille remplie de rebezzans* capturés dans la rivière. Sous le couvert des ormes, je vois le reflet des feuilles naissantes dans l'eau noirâtre, le frétillement de ces poissons vifs et brillants pressés de fuir. Je me souviens, j'étais encore assez petite pour que ma mère me lave dans le lavabo du cabinet de toilette lorsque les deux garçons m'ont repêchée.
Longtemps j'ai vécu avec la certitude de l'inébranlable. Longtemps j'ai cru que les sabots de mon père resteraient éternellement devant le seuil de la maison : lourdes chaussures en cuir noir et dur qu'il portait avec des feutres.
J'ai bien connu les félins de la maison. La vieille chatte à l'oreille déchirée, par un gros rat disait-on, me léchait affectueusement la joue lorsque je m'asseyais à côté d'elle sur le perron. Elle allaitait ses chatons ; je m'allongeais dans la paille et respirais avec délices, frôlant de mon nez les petites têtes rondes et douces, une odeur rappelant l'éther, que j'ai retrouvée bien des années plus tard, dans les cheveux de mes enfants nouveaux-nés.
*rebezzan est le mot issu du patois, beaucoup plus imagé, pour vairon.
A l'oeil

La Loire à Bouchemaine
"Diable ! "
disait souvent mon père.
"Çà me fait d'oeil ! "
Ce diable invoqué si souvent dans une exclamation de surprise curieuse et amusée, m'était plutôt sympathique, beaucoup plus que les "mille dieux" invoqués dans des circonstances moins sereines.
Quant à l'œil, je ne comprenais pas : "Ça me fait d'œil de vendre ce tracteur". Comme si on lui arrachait un oeil ? Comme s'il en avait la larme à l'œil , comme s'il fallait encore tenir quelque chose à l'œil ?
Ce n'est que très récemment que j'ai compris qu'il s'agissait de deuil...
Des reines et des hommes

En voyant l'imagier de Flo j'ai eu envie de feuilleter les vieux traités d'apiculture de mon père.
Quel étonnement de voir que celui-ci était dédicacé par l'auteur en 1934, date où mon père, âgé de 25 ans, pratiquait l'apiculture depuis une dizaine d'années.

Le prologue nous apprend que l'auteur est un magistrat très connu qui a déjà publié des ouvrages sur le droit, la géographie commerciale et la télégraphie sans fil.

L'écourtage des ailes de reines les empêche de s'éloigner et permet de les marquer.
...
Ave Maria et Marseillaise - La Musique et moi (1)
Ou « Comment, après ne pas avoir été coureuse de cent mètres, je n’ai pas été chanteuse lyrique, ni même réaliste
Vendredi prochain, j'irai à l'église Sainte Radegonde écouter les premières notes de ma fille avec sa classe de contrebasse, et les chants de sa classe de solfège.
Dans ma famille, il y avait un mythe, une croyance familiale solidement ancrée, selon laquelle nous n'étions pas doués pour la musique. Cela
Chaque mythe engendrant ses histoires répétées invariablement aux réunions familiales, mon père aimait raconter que ma soeur avait chanté la Marseillaise sur l'air de l'Ave Maria. Ainsi n'a-t-elle jamais pu fredonner quoi que ce soit, traumatisée par la certitude de chanter faux. Ne s'était-elle pas seulement trompée de mélodie, avec les bonnes notes ?
Quant à moi, j'ai reçu une profonde blessure narcissique en CM1, lorsque la maîtresse nous a auditionnés sur "Au clair de la Lune" et ne m'a pas retenue pour chanter "la Marseillaise" au monument aux morts, alors que j'étais en pleine période mysticopatriotique.

Se canto, Place du Capitole
Beaucoup plus tard, j'ai pu constater que je chantais juste avec un professeur, mais que j’en suis quasiment incapable en solo devant un groupe.
J'ai aussi lu "L'oreille et la vie" d'Alfred Tomatis, et d'autres ouvrages qui m'ont laissé entendre que tout le monde peut chanter juste, et qu'il y a une relation forte entre l'oreille, la voix, et l'affectivité.
D’oreille donc, nous n’avons pas dans la famille, et je me suis interrogée, enfant, sur cette particularité physiologique : avoir des oreilles qui entendent et ne pas avoir d’oreille, d’autres au contraire l’ayant « absolue ». Les mêmes qui me demandent perfidement, la réponse étant incluse dans la question : « Et…tu es sure que c’est…juste ? », ou qui frémissent au huitième de ton d’écart au violon.
(Ce qui m’a définitivement détournée de toute idée de vie maritale).
Mon professeur de violon polonais me disait qu’un violoniste débutant ému joue un demi-ton trop haut. Sans doute est-ce pour se préserver des excès d’émotion de ses aspirants virtuoses qu’il fourre ses conduits auditifs de coton.
Juste ou pas, éducateurs, parents, par pitié, ne brisez pas sans appel les enthousiasmes enfantins.
fille d'Heller
Heller, fabricant français de maquettes est en redressement judiciaire.

game cube
Les maquettes il faut le reconnaître, c'est un truc de maniaque dont l'intérêt ne réside que dans leur fabrication (après c'est moche, ça prend la poussière, ça encombre vitrines étagères et placards, et c'est fragile). Dolto écrivait quelque part que c'était une activité masturbatoire. Je ne sais si elle y mettait une touche péjorative.

mon PC
Cela avait l'avantage d'apprendre à faire quelque chose de ses dix doigts, et de son cerveau par la même occasion. Comme le tricot, la couture, et maintes autres activités digitales.

le bureau de mon fils
Vieille conservatrice réactionnaire, je déplore à longueur de temps le fait que l'on n'apprenne plus grand chose de manuel ou de pratique dans l'enseignement traditionnel.

Celle-là je l'avais commencée pff... avant d'avoir un PC

les éléments d'une maquette en bois.MGS
Il est vrai que je passe plus de temps à bloguer qu'à enseigner la couture à mes enfants.
Tout de même ce serait dommage que la marque aux jolis petits pots de peinture disparaisse. Elle m'a fait rêver longtemps, enfant, et même encore adulte. (Il y a quatre ans, nous avons racheté un rayon entier de ces petits pots, de toutes les couleurs). Je connais beaucoup d'ados qui maquettisent : "warramers" et autres "confrontations", les soldats de plomb d'aujourd'hui, d'autres marques.
Heller a pris son essor avec la caravelle, disparaîtra-t-il avec l'A 380 ? (Qui ne cesse de passer et repasser aujourd'hui au dessus de ma tête).
semailles et moissons
Lorsque j'étais enfant, on tuait le cochon à la maison, et je voyais mon père faire sécher soigneusement les graines de tomates pour les ressemer l'année suivante, laisser sécher sur rames les petits pois et autres haricots, que nous battions ensuite. Il en était de même pour tout ce qui poussait et vivait. Le coq ensemençait la poule qui couvait, les canards copulaient gaiement, on menait la vache au taureau et la lapine au lapin.
Le lait avait des goûts différents selon les saisons et l'humeur de la vache.
Aujourd'hui, essayez donc de conserver des graines de tomates : vous n'obtiendrez rien ou une variété différente, toutes les variétés ou presque que vous trouvez dans le commerce étant des hybrides.
Au fait : saviez-vous que la pomme de terre et la tomate sont de la même famille ? Toutes deux appartiennent à la famille des solanacées, la tomate faisant partie du genre des lycopersicons, alors que pomme de terre et aubergine appartiennent au genre solanum (dont de très jolies espèces grimpantes ornent les murs parfois). Si vous laissez pousser un plant de pomme de terre vous voyez apparaître de petites baies noires qui ressemblent étrangement à des tomates miniatures. C'est pourquoi il faut éviter de les faire pousser ensemble : cela dénature le goût des tomates et favorise les maladies.
Hier, déjeunant au restaurant avec des collègues, je me suis attiré moult moqueries, lorsque j'ai signalé que les beaux melons qu'ils avaient pris n'étaient pas de saison et venaient du Sénégal. Chaque fois je répète que j'essaie dans la mesure du possible de manger des légumes de saison : jamais de tomates ou de courgettes avant fin juin, etc.
-Mais qu'est-ce que tu manges comme légumes en hiver ?
Et de citer la liste de tout ce qui est délicieux et peut être consommé l'hiver.
Oui, je sais, c'est dérisoire, même de saison, elles sont cultivées en serre, avec des pesticides. Peu importe, le plaisir est accentué.

Alors aujourd'hui, en feuilletant la Gazette d'Utopia je suis tombée sur cette annonce et l'article qui va avec.
fête des semailles
vendredi 2 juin, samedi 3 juin de 10h à 20h et dimanche 4 juin de 10h à 13h
Sur le parvis d'Utopia Tournefeuille.
avec les associations suivantes :
AMAP , réseau des semences paysannes, association Kokopelli, et des petits producteurs de plants de variétés anciennes.
L'article de "la gazette" fait référence à une loi qui n'a guère fait de bruit lorsqu'elle a été votée par le sénat : le droit de ressemer le grain récolté est devenu une dérogation taxable, au bénéfice des semenciers. C'est à dire que pour quelque production agricole que ce soit, il faut fournir une facture de producteur de semence, sous peine d'ête taxé, et dans un stade ultime, de ne plus être autorisé à commercialiser son produit. Il existe un catalogue obligatoire des variétés commercialisables, dont les Etas Unis sont dispensés. Et dans dix ans, les paysans n'auront plusle droit d'élever un taureau pour féconder leurs vaches.
ouvrage



reliques et délation...
Chez Philoo, j’ai remis mon nez dans la fameuse boîte en fer qui contient les souvenirs de guerre de mon père.
J’ai toujours été amusée par ses talents de bricoleur. Il était né en 1905 à la campagne à une époque et dans un milieu où l’on ne jetait rien et où l’on se débrouillait pour fabriquer ce dont on avait besoin.
Pour les besoins du maquis, il réalisait de fausses cartes d’identité, avant que les deux rivets et le tampon à sec soient en vigueur. Il se faisait faire des tampons au nom de Jean Mairiellade, suivi du nom d’un village, puis découpait des lettres de façon à laisser « mairie de » C’est pour éviter les faux que le gouvernement de Vichy a décrété vers 1944 que les pièces d’identités seraient fournies par les préfectures et non plus par les mairies.
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La lettre de dénonciation que j’ai reproduite a été citée dans l’excellente thèse de Jean- Pierre
Cette lettre nous la lisions parfois à la fin d’un repas familial, et cela a marqué mon enfance en donnant à mon père une étoffe de héros, lui le « chef et hébergeur d’espionne », passé si près d’une exécution par la milice. Le
Le livre évoque des personnes que j’ai connues ou dont j’ai entendu parler. L’auteur a recueilli les témoignages des survivants, étudié les archives. Il montre, entre autres, que le choix pour les jeunes qui voulaient échapper au STO résidait dans la prise du maquis ou l’engagement dans la milice.
Il relate les combats sanglants qui ont eu lieu dans ce pays des landes du Lot et Garonne.
Cela nous paraît si loin, et c’était hier.

