vendredi 30 juillet 2010

PICT1094

Suivre encore ces signes
le sillon d'un rire bref
le soleil obscur des prunes sauvages
ou du sexe dressé,
le menu frémissement des dents sur la peau
et les chevaux les chevaux les chevaux.


Eugenio de Andrade "Matière solaire"

traduit du portugais par Michel Chandeigne, Patrick Quillier et Maria Antonia Camara Manuel

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vendredi 14 août 2009

O sal da lingua

Coda

A luz,
a luz trazida
pelos rosados pés dos pombos
dos confins de alegria

-quem pudera leva-la
à boca e dormir apaziguado.

Eugénio de Andrade (O sal da lingua)

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vendredi 8 août 2008

graphie

LETTRE

Tu m'as dit si tu m'écris
Ne tape pas tout à la machine
Ajoute une ligne de ta main
Un mot un rien oh pas grand chose
Oui oui oui oui oui oui oui oui

Ma Remington est belle pourtant
Je l'aime beaucoup et travaille bien
Mon écriture est nette et claire
On voit très bien que c'est moi qui l'ai tapée

Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire
Vois donc l'œil qu'a ma page
Pourtant pour te faire plaisir j'ajoute à l'encre
Deux trois mots
Et une grosse tache d'encre
Pour que tu ne puisses pas les lire

BLAISE CENDRARS


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mardi 27 juin 2006

la rivière endormie

Dans son sommeil glissant l'eau se suscite un songe
chuchotis de joncs de roseaux d'herbes lentes
et sait jamais bien dans son dormant mélange
où le bougeant de l'eau cède au calme des plantes
 
La rivière engourdie par l'odeur de la menthe
dans les draps de son lit se retourne et se coule
mêlant ses mortes eaux à sa chanson coulante
Elle est celle qu'elle est surprise d'être une autre

L'eau qui dort se réveille absente de son flot
écarte de ses bras les lianes qui la lient
déjouant la verdure et l'incessant complot
qu'ourdissent dans son flux les algues alanguies.

Claude Roy

(pour M.)

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mardi 28 mars 2006

Cantos toscans (François Cheng)

L'éternité est là,
Un seul instant l'instaure,
L'instant où tu adviens
Et ouvres l'oeil et vois
Qu'avant de t'effacer
Rien ne sera su par toi

Mais que tu vois, et loue...

François Cheng, extrait de "A l'orient de tout" poésie Gallimard

Je me pose tout de même une question sur ce texte : pourquoi pas de s à "loue" ? Pour moi ce serait tu vois et tu loues...A moins que le verbe soit à l'impératif, mais cela me parait improbable ici...Bon...Ou alors est-ce une erreur ? Pf...

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dimanche 19 mars 2006

regardant le prunier (poème chinois)

Poème d'une dame de cour toujours négligée par l'empereur. Il  s'en rendit compte trop tard, à la lecture de ses poèmes après sa mort, et fit tuer le mandarin qui ne la lui avait pas signalée.

 

Difficile de fondre, cette neige entassée
je soulève le rideau, sourcil froncé
Le prunier dans la cour a pitié de moi
Il offre déjà le printemps sur le bout de ses branches

Le parfum frais et la beauté glaciale me plaisent
Qui connait ce charme naturel ?
Quand le prunier blanc se fane
Le doux soleil arrive
Les multiples fleurs éclosent au printemps.

Dame de cour Hou dynastie des Sui (581-618)

(in : femmes poètes de la Chine de Shi Bo-ed iteur le temps des cerises)

 

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mardi 7 mars 2006

Néréide

 

 

Mystère de la mer au fond des chambres
quand la femme qu'on croyait vaincue
par la montée des heures
se retourne dans la barque et d'un geste salue
le visage impassible des noyés

Guy Goffette

(extrait de "Eloge pour une cuisine de province")

 

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mercredi 4 janvier 2006

programme de principe (Pentti Holappa)

 

 

 

La prochaine fois que je viendrai au monde ici, je transcrirai chaque minute depuis le début.Je n'en consommerai pas une seule sans réfléchir d'abord, et le cas échéant, j'arrêterai le temps afin qu'il attende ma décision. Je choisirai les jours de calme, le travail, les nuits ardentes, les proches les plus sages, mes amours les plus belles et les plus fidèles. Avant la scène de l'amour, pendant et après, ni mon partenaire ni moi-même ne devrons nous sentir étrangers. Jamais si la vie dépérit et avec elle toutes les choses, je ne me dirai que demain il sera trop tard.

Extrait de "les mots longs" poèmes de 1950-1994 nrf Gallimard

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mardi 6 décembre 2005

La voix lointaine (Yves Bonnefoy)

Et la vie a passé, mais te garda
Vive mon illusion, de ces mains savantes
Qui trient parmi les souvenirs, qui en recousent
Presque invisiblement les déchirures.

Sauf : que faire de ce lambeau d'étoffe rouge?
On le trouve dans  sa mémoire quand on déplace
Les années, les images; et, brusques, des larmes
Montent, et l'on se tait dans ses mots d'autrefois.

Parler, presque chanter, avoir rêvé
De plus même que la musique, puis se taire
Comme l'enfant qu'envahit le chagrin
Et qui se mord la lèvre, et se détourne.

/...

Extraits (in : Les planches courbes, Gallimard éd.)

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mercredi 23 novembre 2005

Armagnac

 

 

ESSENCE DE SOLEIL

Essence de soleil ! Vieille eau de vie, esprit
Subtil des vignes qu'une automne en flamme dore,
Parfum de fleur qui brûle et met au coeur épris
Le rêve d'un pays, nostalgique et sonore.

Tu dors dans le tonneau de chêne qui colore
Ta blancheur lumineuse d'eau, et tu as pris
Dans le silence de ce chai, loin de l'aurore,
Le feu roux de l'été au flanc des coteaux gris.

Tu verses à mon âme exilée un extase
D'odeurs et la clarté de tes pures topazes
M'évoque la douceur ardente de beaux yeux !

O Bas-Armagnac Noir où la vigne s'étale
Dans l'horizon des pins que bornent les monts bleus
Ta liqueur est le sang de ma terre natale !...

Emmanuel Delbousquet (vers 1900)

(C'était un vrai poème paysan, en clin d'oeil au Vrai Parisien, qui aime la poésie à rimes...)

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