Please get your receipt !

Le petit supermarché où je fais parfois des courses a-t-il adopté le marketing en spirale ? (au cas où vous n'auriez pas tout suivi, je pratique désormais la pédagogie en spirale). Comme la plupart des grandes surfaces il a été restructuré pour égarer le chaland contraint de passer deux fois à la case papèterie et aux cases charcuterie et spiritueux avant d'arriver au rayon des biscuits,  s'il veut des brioches,il doit revenir à la case fruits et légumes : un vrai jeu de l'oie dans lequel je crois être la dinde de la farce.
Cette refonte des rayons s'accompagne d'une réorganisation des caisses, et de l'ajout de caisses automatiques pour les clients de moins de quinze articles. "L'année prochaine vous êtes au chômage !" lance une cliente rigolarde à Muriel, la caissière aux yeux bleus et au sourire nonchalant avec qui j'aime bien échanger quelques mots (non, je n'ai pas la carte du magasin, oui, ce fromage est délicieux, à quelle heure finissez-vous ?). Elle ne semble ni troublée par ces concurrentes potentielles ni perturbée par les multiples injonctions en trois langues qui viennent parasiter tout embryon de conversation en indiquant aux empotés et aux autres comment passer les articles au scanner, introduire sa monnaie et prendre son reçu,

Mon esprit, alors que je remplis les deux  sacs verts payés trois centimes : "Ne me jetez pas, je peux encore servir de sac poubelle!", s'amuse et rit jaune de ces injonctions multiples et absconses, comme le "déshabillez-moi!" aperçu sur un flacon de savon liquide aphrodisiaque. Aphrodisiaque ? Un savon ? Déshabillez-moi ? Quand on l'utilise on est déjà déshabillé non ?

Heureusement, dans ma Terre d'envol, il y a encore un marché le samedi matin (et le jeudi matin lorsque je suis en grève !). Le vendeur d'empanadas m'en donne une septième pour le prix de six (ma préférée est aux épinards),  Jean-Claude me fait goûter son nouveau chorizo et me réserve ses pains au riz, Jeannot distribue des bouchées de ses fromages et quelquefois une lichette de "premières grives" au passant,  un vieil apiculteur taille une bavette avec ses  copains en bérets devant une table de camping où trônent quelques pots de miel et des sachets de bonbons en forme d'abeilles,  le torréfacteur vend du Maragogype et du thé Douchka et il y a même un artisan savonnier qui vend des savons au lait d'ânesse.

C'est aphrodisiaque le savon au lait d'ânesse ?