Les caprices d'Ennairam

Dans la boucle de l'hirondelle un orage s'informe un jardin se construit (René Char)

dimanche 29 novembre 2009

Recette

Mais silence ! et écoutez le récit de ma merveilleuse naissance, l’origine de l’Écarlate ! Un peintre expert dans les pigments, écrabouilla menu-menu, dans un mortier, sous son pilon, des cochenilles importées des contrées lointaines et torrides de l’Hindûstân. Pour cinq mesures de vermillon, il prépara la saponaire –une mesure- et une demie, juste une demie ! d’aventurine. Il fit bouillir la saponaire dans trois grandes mesures d’eau, puis y délaya son aventurine. Il fit réduire sur le feu le temps de boire un bon café, et pendant qu’il savourait, moi aussi, j’étais impatient, comme un bébé qui va voir le jour ! Le café lui ayant bien éclairci l’esprit –ses yeux de génie jetaient des étincelles !- il versa dans la casserole la fine poudre de vermillon en touillant régulièrement avec une baguette spéciale. J’allais devenir l’authentique rouge-carmin, mais il manquait encore la bonne consistance, et le mélange ne devait ni trop bouillir ni pas assez. Avec le bout de la baguette, il s’en mit une goutte à l’ongle du pouce –celui-là exclusivement. Quelle extase d’être le Rouge ! Sur son ongle badigeonné je ne fis pas une égoutture : la consistance était parfaite. Il restait le précipité : il ôta du fourneau la casserole et fit passer le contenu à l’étamine, pour me filtrer, me purifier. Puis il me remit à bouillir à petits crachotis, deux fois, avant de me glacer à la poudre d’alun.

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Quelques jours passèrent, et je reposais, toujours, au fond de la casserole, sans être plus mêlé à rien. Or j’étais impatient qu’on m’étale sur chaque objet, à chaque endroit de chaque page. Cette trop longue oisiveté me faisait mal au cœur. Dans ce profond silence, je me suis demandé ce que c’est qu’être Rouge.

Mon nom est Rouge, (1998) Orhan Pamuk, Gilles Authier
Gallimard 2001 (prix meilleur livre étranger 2002)

Un autre extrait, d'Istanbul, ici.

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vendredi 27 novembre 2009

Bulletins tintin

Tout le monde connait, de près ou de loin, le sacro-saint rituel des bulletins trimestriels. Autrefois on se retrouvait dans la salle des professeurs,  autour d'une grande table, les registres ouverts, le stylo à bille (important la bille car il fallait que ça copie-carbone) en l'air cherchant l'inspiration, râlant lorsqu'on s'était trompé de ligne, lorsque le professeur de dessin  d'arts appliqués avait écrit dans notre case par erreur. Comme j'essayais d'être sérieuse, je préparais mes appréciations à l'avance, dans mon cahier à spirale, et je les copiais au moment M, parfois -je l'avoue- une heure ou deux seulement avant le Conseil de Classe. J'avais une certaine propension à énerver mon entourage, aimant bien discuter et rigoler tout en faisant ce travail (j'ai la fâcheuse manie de faire plusieurs choses à la fois), contente de croiser des collègues sortis de leur salles  ; ceux qui, gênés par mon agitation potache écrivaient "peut mieux faire" à la place de "bon travail" me jetaient des regards noirs.
Maintenant chacun remplit ses bulletins dans le huis-clos de son clavier-écran-souris, chez soi, ou au lycée, c'est moins drôle, mais plus pratique,  on peut corriger ses erreurs plus facilement, modifier les coefficients à l'envi, un plaisir ! Je n'ai plus de carnet de notes, je ne calcule plus une moyenne, Pronotes le fait pour moi.
Enoncer une appréciation d'une ligne est toujours un défi, d'autant que même si on connait rapidement tous ses élèves, certains passent inaperçus. Je contourne la difficulté en leur demandant parfois de  rédiger celle qu'ils pensent mériter ; j'écris la mienne puis la nuance en fonction de la leur. Souvent ils sont assez sévères  avec eux-mêmes. (Vous aurez noté que l'objectif pédagogique sous-jacent, outre le fait de me donner des idées, est aussi l'apprentissage de l'auto-évaluation).
Dans ma fournée d'hier, pleine de diversité, j'ai relevé celui-ci ...qu'il me pardonne, je vous le livre tel quel en modifiant seulement le prénom :

"Antonin est assez discipé , mais compréhensif même s'il pourrait faire mieu , il a n'a les capacité malgré c'est absence, j'aime travailler avec lui quand il reste sérieu. "




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jeudi 26 novembre 2009

Humour noir et Terre d'envol

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Salon de l'auto-moto, Toulouse, novembre 2009

Une précédente campagne de la sécurité routière nous montrait chacun d'entre nous dans ses gestes quotidiens. Ici c'est vous et moi, dan sons cercueil ou dans sa chambre funéraire, morgue ou dépositoire (pour la nuance entre les termes vous pouvez jeter un oeil ).  Je ne m'en lasse pas.

On se demande si cet homme est aussi beau vivant que mort. Tiens, cette image me rappelle "Gran Torino" qui commence et finit par des funérailles. Au début du film le cercueil est fermé, à la fin, il est ouvert à demi, montrant le visage du héros, serein. Clint Eastwood me semble-t-il avait dit que c'était le dernier film où il tenait un rôle, il y montrait donc ses obsèques "avant l'heure". Grandiose.

 

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mercredi 25 novembre 2009

Journée de ...

Chaque jour est la journée de quelque chose. A l'occasion de la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, je lie la publication de Martin Winkler, (lien trouvé ailleurs).

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lundi 23 novembre 2009

Colomiers, terre d'envol (à suivre)

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Près du Salon de l'auto-moto
parc des expositions
Toulouse, novembre 2009
(Colomiers est le nom de la ville inscrit sur l'étiquette, pour ceux qui ne peuvent pas lire)

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jeudi 19 novembre 2009

couleurs

Ces épiphanies, ces curieux moments où la vérité affleure et semble soudain s'illuminer, Virginia Woolf les qualifiait de "moments d'être".
.../...
Au fil du temps j'en suis venu à considérer le travail littéraire moins comme une narration du monde que comme une "perception du monde avec les mots". Dès qu'un auteur se met à utiliser les mots comme les couleurs dans un tableau, il commence à voir combien le monde est surprenant et merveilleux, et à désosser le langage pour trouver sa propre voix.Il a besoin pour cela d'un papier, d'un stylo, et de l'optimisme de l'enfant qui découvre le monde.

Orhan Pamuk "D'autres couleurs" traduit du Turc par Valérie Gay-Aksoy

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mardi 17 novembre 2009

tuyauterie

Ce plombier n'a pas une voix de plombier.

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mardi 10 novembre 2009

le rhume de baron*

_lec

*l'éjaculateur électrique enfin retrouvé

En déplaçant les livres poussiéreux récupérés récemment dans une maison que j'ai quittée il y a sept ans, je lis rêveusement  les titres : toute la série "Fortune de France" de Robert Merle, L'amant de la Chine du Nord (qui vous savez), Psychologie et pédagogie (Piaget), Une société sans école (Illitch), Lumières du Moyen-Âge (non, pas Laurence, Régine), Histoire des mathématiques (Marcel Boll, que sais-je), et soudain, devant la couverture d'un ouvrage lu il y a plus de vingt ans, jaillit la lumière, la réponse à une question posée voici longtemps : "Qui  urinait sur des prises électriques pour guérir une blennorragie chaude-pisse ? "  J'ai planté là les courses à faire, le ménage et le rangement pour chercher le passage idoine

"Les années de chien" de Günter Grass.
Éditions du Seuil, collection Folio, traduction Jean Amsler, page 477 :

  En 38, le 20 avril. .../...Et maintenant nous sommes à l'Ouest, le cul sur une chaise, avec la chaude-pisse.
Alors Matern, frottant l'Est contre l'Ouest grince des dents.
.../...
La pénicilline est hors de prix, même la belladone est extrêmement rare. Alors Matern, la braguette ouverte, se dirige vers le mur blanchi à la chaux qui limite à l'Est la chambre paysanne. Cette cérémonie a lieu sans coucou ni fanfare. Mais c'est vers l'Est qu'il braque son chose melliflu."Le Reich est plus grand que nos frontières !" Neuf millions de cartes de réfugiés s'empilent à l'Ouest de Matern : "Il faut tenir le château fort et la porte de l'Est !". Un cavalier s'en va de par les Allemagnes et ne trouvera pas de porte à l'Ouest, seulement une prise de courant. Et le contact se produit entre le chose et la chose. Matern-disons-le sans détour- pisse dans la prise de courant et, par l'intermédiaire du jet d'eau continu reçoit un choc violent, électrique, alternatif, renversant et salutaire ; autant changer d'eau un poisson-torpille, car dès qu'il se remet sur pieds, blême et tremblant sous ses cheveux horrifiés, tout le miel s'écoule. Le lait vengeur se caille. les perles d'amour s'enfilent dans les raies du plancher. L'or en barre fond. Jeannot-la-Goutte respire, soulagé. La courante se sauve. Les larmes de veuves se tarissent. L'électro-choc guérit le rhume de baron.

S'il y a un médecin dans la salle, j'aimerais tout de même qu'il donne son avis sur  la méthode. Le chapitre "sécurité électrique" du livre de physique de baccalauréat professionnel interdit formellement cette pratique ! Deux de mes élèves avec qui je la commentais ont dit l'avoir tentée avec douleur, sur des clôtures électriques (l'un d'eux a affirmé que c'était parce qu'il avait trop bu).

ann_es

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lundi 9 novembre 2009

partie sans fin

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The Evergreen
Partie d'échecs entre Néanderthal (les noirs) et Cro-Magnon (les blancs)
Arno Fabre

Exposition "Oeuvres de science, instruments d'art" muséum, Toulouse

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vendredi 6 novembre 2009

Sur la toile...

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