Les caprices d'Ennairam

Dans la boucle de l'hirondelle un orage s'informe un jardin se construit (René Char)

vendredi 30 octobre 2009

Heures de pointe

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Le Monal, juillet 2009

Lorsqu'on arrive dans ce hameau, Le Monal, en Savoie, on se croit dans "la petite maison dans la prairie" : des enfants blonds courent dans les champs, des hommes fauchent un pré, de minuscules jardins potagers ravissent les yeux, et on est accueilli par cette chapelle, lieu de recueillement des anciens villages d'alpages.

Levés avant l'aube, partis au point du jour, nous marchions depuis plusieurs heures, et l'un de mes compagnons me faisait miroiter le café que nous boirions là-bas, au refuge, où nous devions arriver vers dix heures du matin.

Mais un refuge de montagne, le matin, est plutôt vacant. Prêts à nous installer avec délices  sur la terrasse ensoleillée, nous voyons arriver le patron courroucé grommelant qu'on ne peut jamais être tranquille, et nous annonçant qu'il fait le ménage, pas le café, que nous pouvons à la rigueur repasser dans une demie-heure. Le temps d'aller quérir du fromage d'estive et continuer à nous extasier sur le charme du lieu.

A notre retour, l'aubergiste pas plus amène, nous signifie qu'il est fermé, que ce n'est pas l'heure pour un café.
Nous nous contenterons pour cette pause de nos barres de céréales et de l'eau de notre gourde, en glosant peu charitablement sur les supermarchés aux heures de pointe, le sens de l'hospitalité, et autres balivernes.
Lui a dû pester contre ces villégiateurs sans vergogne qui prétendaient abuser de l'honnête travailleur en dehors du temps règlementaire...

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lundi 26 octobre 2009

Blogeuse en wacances

Je ne résiste pas au plaisir de vous copier, des touches blanches de mon clavier, cet extrait de "l'éléphant est irréfutable" d'Alexandre Vialatte. La chronique a pour titre "Chronique du marin écœuré", je ne la transcris pas inextenso...

Que feront les hommes quand ils ne feront rien ?
.../...
La différence est faible, et la distinction difficile entre le travail et le loisir, encore qu'on se rende compte assez vite que le travail est le moins fatigant. Quand le guide et le villégiateur viennent d'arriver au sommet du mont Blanc en passant par une paroi lisse qu'on ne peut escalader qu'avec les griffes et le bec, au moyen d'une échelle pliante, le guide a les joues roses, le souffle régulier et réclame une choucroute garnie, le villégiateur n'est plus qu'une patte-mouille gémissante, une gélatine irresponsable, une éponge de malédiction. Il n'a plus d'ongles, il n'a plus de dents. Il réclame un lit sur le champ, ou à défaut une chaise pliante. C'est pourtant le guide qui travaille et le villégiateur qui s'amuse ; c'est le villégiateur qu'on envie. On voit par là que loisir et travail ne se différencient que dans l'esprit. Le loisir est un état d'âme.
.../...
Le loisir c'est le travail du voisin, le loisir c'est de changer d'outil, c'est le livre pour le jardinier, c'est la bêche pour le bureaucrate. On voit par là que la tâche restant la même, il suffit que les équipes changent de travail entre elles pour que l'humanité soit dans l'ère des loisirs. L'éden n'est qu'une question d'horaire. Le paradis s'obtient par roulement. Si bien que nous y sommes peut-être, comme le veut monsieur Gaston Berger.  Il suffit en effet que nous considérions qu'ayant changé deux fois avec le même voisin, nous nous retrouvons devant la même tâche ; qu'au lieu de la faire, nous la refaisons ; qu'en face d'elle nous disions "Encore !..." (comme il nous arrive si souvent) ; c'est le loisir, c'est le travail joyeusement consenti !
.../...
Le loisir est une chose étrange. "Que feront
les hommes quand ils ne feront rien ? " demande monsieur Gaston Berger. Ils feront la même chose qu'avant. Le métier repose du métier. Je connais un violon de l'opéra qui va écouter des concerts dès qu'il a un après-midi, et un lieutenant de la marine marchande qui est dégouté de sa profession ; il veut entrer dans l'industrie, il veut gagner beaucoup d'argent. "Qu'en ferez-vous ?" lui ai-je demandé. "Je passerai ma vie à naviguer", m'a dit le marin dégouté de la marine. C'est bien ce que je disais dès le début. Quand l'homme n'aura plus rien à faire, il fera enfin son métier. L'homme est un marin écœuré qui veut entrer dans la marine.   

Alexandre Vialatte (vers 1961)

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dimanche 25 octobre 2009

tubercule


"Personne n'a envie de mourir idiot, surtout s'il risque de se réincarner en topinambour"


Michel de Pracontal "L'imposture scientifique en dix leçons"

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Alexis et Nicole

"L'argent est un bon serviteur et un maitre impitoyable" me dit-il en commentant l'attaque (c'est le terme qu'il emploie) de la pharmacie du quartier. Alexis (je ne lui ai jamais demandé quel était son prénom) a un âge avancé, le ventre rond, l'accent de là-bas, et une verve intarissable. Je le croise à la piscine, dans la rue, dans les magasins, où il fait sourire le chaland. "Vous connaissez la citrine ?" me demande-t-il un jour, assis sur le banc d'un abribus, "oui bien sûr", "eh bien vous êtes rayonnante comme une citrine" me répond-il.
A Toulouse c'est Nicole que je croise dans tous les théâtres : des cheveux noirs, la coupe au carré et le dos un peu vouté, coquettement vêtue, elle connaît tous les specatcles, tous les acteurs et les metteurs en scène, elle interpelle le quidam pour avoir son avis et a toujours une opinion à émettre, un commentaire à ajouter. Elle ne rate pas un festival d'Avignon ; elle a le véritable accent de Toulouse, celui qui s'est presque perdu, et des yeux noirs piquants. Elle dit ne jamais lire, ne pas avoir la patience de fixer son attention sur la feuille blanche couverte de signes,elle le déplore, mais elle se tient au courant de tout par d'autres biais. Toulousains, vous avez surement tous rencontré Nicole au moins une fois dans vos sorties nocturnes ; je l'ai déjà écrit : elle me manquera la nuit où elle ne sera plus là.

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jeudi 22 octobre 2009

Symbiose

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Saviez-vous que les lichens sont la symbiose parfaite d'un champignon et d'une algue ? J'avais dû l'apprendre, au collège, je l'avais oublié ! Il existe des lichens crustacés, foliacés et fruticuleux. L'étude des lichens est la lichénologie, cela, aujourd'hui, me parait passionnant.Il existe plusieurs milliers d'espèces de lichens.
Il existe aussi entre cinquante et deux-cent mille espèces de charançons, famille des curculionidés. Comment s'appelle l'étude des charançons ? Je pense parfois à l'entomologiste spécialiste du charançon.
Vraiment, la vie est trop courte !

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mardi 20 octobre 2009

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lundi 19 octobre 2009

supérette

Ce nom de supérette évoque le pot au lait ...
Parfois, j'abandonne Fauc*on au coin de ma rue (LP pour ne pas le nommer, un discounter bien connu), pour aller quérir quelques produits  plus luxueux à "Super Rue". Dans le sas  nauséabond je suis accueillie par cette affiche qui côtoie mon pâle reflet dans la vitrine, disant "Super rue : des magasins qui vous ressemblent". Je ne sais pas pourquoi, cela me fait toujours un peu peur...

Posté par Ennairam à 22:56 - femmes au bord de la crise de nerf - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

cadre A

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Je
suis
cadre A
de l'éducation nationale
on me l'a dit jeudi dernier
c'est d'ailleurs le leitmotiv en stage
"vous êtes cadres A de l'éducation nationale"

Ah ...je suis cadre
je n'irai pas vérifier si j'ai les émoluments d'un cadre A d'ailleurs,
d'ailleurs je me trouve grassement payée
Je suis assez contente d'être
encadrée
cadre
A


sur la feuille quadrillée de mon cahier
j'ai encadré
"On ne sait pas"
Eh bien on ne sait pas si les baccalauréats professionnels en trois ans
frais émoulus des petits papiers du ministère
seront validés par un examen classique
ou par un CCF
CCF : contrôle en cours de formation
On ne sait pas, le ministère ne sait pas, l'inspecteur non plus
ça ne fait rien
il faut savoir innover et s'adapter
(non, je ne ris pas)
on est cadre
A !

j'ai  failli m'énerver jeudi soir
à une  réunion de parents d'élèves (oui j'ai deux casquettes, je suis parent aussi)
lorsqu'un père a dit "ils ne ratent pas une occasion de se mettre en grève"
et "il ne faut pas toucher à leurs habitudes"
avec cet air condescendant ...
je n'ai rien dit
on ne s'énerve pas pour rien
quand on est
cadre
A
A quoi bon

J'ai appris aussi qu'à l'avenir je devrai batailler, me vendre
pour avoir les heures de cours nécessaires à mes élèves
car le proviseur aura une marge de manœuvre
qu'il pourra distribuer à l'une ou l'autre des matières :
au plus offrant en terme de projet
ou à celui qui sait mieux se défendre
même chose pour les équipements
qui ne demande rien n'a rien
finis les horaires fixes imposés
Vive la souplesse
je suis
cadre
A

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dimanche 11 octobre 2009

oubliez oubliez

Abstraire, c'est "oublier". Oublier certaines dimensions, certaines qualités d'une chose. Pour compter des vaches, il faut que j'oublie tout ce qui les distingue. Sans oubli, pas d'abstraction, pas de pensée, pas de vie non plus. L'oubli est une condition nécessaire de la vie.
Denis Guedj mathématicien, dans le numéro hors-série de Sciences et Avenir "La magie des nombres".

Posté par Ennairam à 22:45 - c'est mathématique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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Posté par Ennairam à 12:44 - humeurs - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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