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NOËL ET MORALE AUX MAISONS SUR LA PRUDENCE (1)


Les maisons de Bethléem
Ont allumé leurs chandelles
La place de Bethléem
Mène grand bruit devant elles.
Des gens, là, des haridelles
Il en vient ! de gros seigneurs,
D'autres sans cérémonie.
Il en vient de Béthanie
De Rama, d'Hebron, d'ailleurs.

UN AUBERGISTE

"Approche marmiton !
Vaurien, c'est le temps peut-être
De bayer à la fenêtre !
Mets l'oie au feu...Le dindon
Est-il plumé ?...Me l'a-t-on
Vidé ? Flambé ?... Qu'on épluche
Deux oignons, un ail, du thym...
L'ail est sur le plat d'étain.
A gauche, là dans la huche.

Vite ! Nous traitons ce soir
Le recenseur de l'Empire
Ses scribes ses gens...Va voir
Si huit bancs vont nous suffire
Ou neuf pour les faire asseoir.
Ne chichez pas la lumière
Sur la table...Ses amis
Descendent chez moi. J'ai mis
Le reste loger derrière.

Tout est plein...Pour les valets
La paille dans l'écurie
Est assez bonne...Marie !
Fermerez-vous les volets !
Ces gueux qui flairent, qui mangent
De là dehors mes poulets
Et mes tourtes me dérangent.
Fermez la porte...Qui vient ?
sont-ce mes hôtes ?...Non rien.

Ce n'est qu'un âne qui passe,
Un vieux, une femme lasse."

Marie Noël in "Le rosaire des joies" Poésie Gallimard
(A suivre
)